Guy Lavaud

Sous le signe de l’eau, 1927


Vagues


 
 

I


 
Svelte et, sur cette mer, en frais calice ouverte,
Je regardais monter lentement, s’arrachant
Des flots, avec effort, comme d’un limon vierge,
Une vague, crispée sur ton azur, printemps.
Et soudain, je la vis dans le ciel se défaire.
Ainsi qu’épanouie, feuille à feuille, se meurt
— Remplie, un soir de mai, toute sa tâche claire,
Et ses germes passés dans les souffles, — la fleur
Et comme, quelque jour, se déferont, flexibles,
Les rêves tourmentés au fond de notre cœur,
Nos rêves, résolus en quelques vers qui brillent
Comme une destinée de vagues et de fleurs.
 
 
 

II


 
Large voilure d’eau, mouvante sous le vent,
Liquide azur éclos sur l’autre évanescent,
Et, soudain, en un cri, déchirement de toile
Et frais lambeaux enfuis de cette étrange voile,
Une vague, heurtée au dur roc éternel,
Comme un paon s’est rouverte, occellée, sur le ciel.
 
 
 

III


 
Son corps transparent sous des guipures d’écume
Et son front scintillant de diamants, impure,
Féminine, voilant et dévoilant sa chair
De sirène éternelle en ces jardins de mer,
Une vague, coquette à genoux, ouvre et ferme
Son éventail, souffles de plumes et de perles,
Tandis que, redressée comme pour un éclat,
Une autre, sa sœur chaste, au ciel lancée, s’en va,
Ayant jeté, d’un geste irrité, derrière elle.
Sa traîne déchirée de soie et de dentelle.
 
 
 

IV


 
Voix de soprano, sur l’océan — le perçant
Comme une crypte, où vont des chœurs aigus d’enfants,
Une vague élancée aux flots bleus, vives ailes,
Éclatait d’un blanc cri qui se brise et son rêve,
En fleurs pâles, guipure et dentelle, jetait
Tel un arceau mouvant son chant sonnant et frais !
 
 
 

V


 
Arche des flots nouée à quelque étrave en route,
Forme pâle parmi des désastres de boucles,
Que de fois j’ai cru voir dans cet élan robuste,
Dans cette aile si pleine et ferme sous le vent,
La blancheur d’une épaule où la lumière sculpte,
Défaite une dentelle, un frais frissonnement !
 
 
 

VI


 
Sur le monde si dur dorment les douces mers,
Comme sur les comptoirs les soies pâles et molles.
Parfois un grand steamer ainsi qu’un couteau clair,
Rapide, coupe en deux la lueur de l’étoffe,
Et l’on voit s’évaser d’un bord à l’autre bord,
— L’une pour l’Amérique et l’autre pour l’Europe —
Deux lames bleues, avec déjà des plis de robe,
Des dentelles de nacre et des broderies d’or.
 

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