Lautréamont(1846-1870) D’autrеs pоèmеs :Lеs gémissеmеnts pоétiquеs dе се sièсlе... Ιl у еn а qui éсrivеnt pоur rесhеrсhеr lеs аpplаudissеmеnts humаins... J’étаblirаi dаns quеlquеs lignеs соmmеnt Μаldоrоr... Lесtеur, с’еst pеut-êtrе lа hаinе quе tu vеuх quе ј’invоquе... Ρlût аu сiеl quе lе lесtеur... Lеs mаgаsins dе lа ruе Viviеnnе... Αvаnt d’еntrеr еn mаtièrе, је trоuvе stupidе... оu еncоrе :Ιl n’еst pаs impоssiblе d’êtrе témоin d’unе déviаtiоn аnоrmаlе... J’аi fаit un pасtе аvес lа prоstitutiоn... Οn nе mе vеrrа pаs, à mоn hеurе dеrnièrе... Rаppеlоns lеs nоms dе сеs êtrеs imаginаirеs... L’аnéаntissеmеnt intеrmittеnt dеs fасultés humаinеs...
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LautréamontLes Chants de Maldoror, 1869
Ô mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos
savantes leçons, plus douces que le miel, filtrèrent dans mon cœur,
comme une onde rafraîchissante. J’aspirais instinctivement, dès le
berceau, à boire à votre source, plus ancienne que le soleil, et je
continue encore de fouler le parvis sacré de votre temple solennel, moi,
le plus fidèle de vos initiés. Il y avait du vague dans mon esprit,
un je ne sais quoi épais comme de la fumée ; mais, je sus franchir
religieusement les degrés qui mènent à votre autel, et vous avez chassé
ce voile obscur, comme le vent chasse le damier. Vous avez mis, à la
place, une froideur excessive, une prudence consommée et une logique
implacable. À l’aide de votre lait fortifiant, mon intelligence s’est
rapidement développée, et a pris des proportions immenses, au milieu de
cette clarté ravissante dont vous faites présent, avec prodigalité,
à ceux qui vous aiment d’un sincère amour. Arithmétique ! algèbre !
géométrie ! trinité grandiose ! triangle lumineux ! Celui qui ne vous a
pas connues est un insensé ! Il mériterait l’épreuve des plus grands
supplices ; car, il y a du mépris aveugle dans son insouciance ignorante ;
mais, celui qui vous connaît et vous apprécie ne veut plus rien des
biens de la terre ; se contente de vos jouissances magiques ; et, porté
sur vos ailes sombres, ne désire plus que de s’élever, d’un vol léger,
en construisant une hélice ascendante, vers la voûte sphérique des
cieux. La terre ne lui montre que des illusions et des fantasmagories
morales ; mais vous, ô mathématiques concises, par l’enchaînement
rigoureux de vos propositions tenaces et la constance de vos lois de
fer, vous faites luire, aux yeux éblouis, un reflet puissant de cette
vérité suprême dont on remarque l’empreinte dans l’ordre de l’univers.
Mais, l’ordre qui vous entoure, représenté surtout par la régularité
parfaite du carré, l’ami de Pythagore, est encore plus grand ; car, le
Tout-Puissant s’est révélé complètement, lui et ses attributs, dans ce
travail mémorable qui consista à faire sortir, des entrailles du chaos,
vos trésors de théorèmes et vos magnifiques splendeurs. Aux époques
antiques et dans les temps modernes, plus d’une grande imagination
humaine vit son génie, épouvanté, à la contemplation de vos figures
symboliques tracées sur le papier brûlant, comme autant de signes
mystérieux, vivants d’une haleine latente, que ne comprend pas le
vulgaire profane et qui n’étaient que la révélation éclatante d’axiomes
et d’hiéroglyphes éternels, qui ont existé avant l’univers et qui se
maintiendront après lui. Elle se demande, penchée vers le précipice d’un
point d’interrogation fatal, comment se fait-il que les mathématiques
contiennent tant d’imposante grandeur et tant de vérité incontestable,
tandis que, si elle les compare à l’homme, elle ne trouve en ce dernier
que faux orgueil et mensonge. Alors, cet esprit supérieur, attristé,
auquel la familiarité noble de vos conseils fait sentir davantage la
petitesse de l’humanité et son incomparable folie, plonge sa tête,
blanchie, sur une main décharnée et reste absorbé dans des méditations
surnaturelles. Il incline ses genoux devant vous, et sa vénération rend
hommage à votre visage divin, comme à la propre image du Tout-Puissant.
Pendant mon enfance, vous m’apparûtes, une nuit de mai, aux rayons de la
lune, sur une prairie verdoyante, aux bords d’un ruisseau limpide, toutes
les trois égales en grâce et en pudeur, toutes les trois pleines de
majesté comme des reines. Vous fîtes quelques pas vers moi, avec votre
longue robe, flottante comme une vapeur, et vous m’attirâtes vers vos
fières mamelles, comme un fils béni. Alors, j’accourus avec
empressement, mes mains crispées sur votre blanche gorge. Je me suis
nourri, avec reconnaissance, de votre manne féconde, et j’ai senti que
l’humanité grandissait en moi et devenait meilleure. Depuis ce temps, ô
déesses rivales, je ne vous ai pas abandonnées. Depuis ce temps, que de
projets énergiques, que de sympathies, que je croyais avoir gravées sur
les pages de mon cœur, comme sur du marbre, n’ont-elles pas effacé
lentement, de ma raison désabusée, leurs lignes configuratives, comme
l’aube naissante efface les ombres de la nuit ! Depuis ce temps, j’ai vu
la mort, dans l’intention, visible à l’œil nu, de peupler les tombeaux,
ravager les champs de bataille, engraissés par le sang humain et faire
pousser des fleurs matinales par-dessus les funèbres ossements. Depuis
ce temps, j’ai assisté aux révolutions de notre globe ; les tremblements
de terre, les volcans, avec leur lave embrasée, le simoun du désert
et les naufrages de la tempête ont eu ma présence pour spectateur
impassible. Depuis ce temps, j’ai vu plusieurs générations humaines
élever, le matin, ses ailes et ses yeux, vers l’espace, avec la joie
inexpériente de la chrysalide qui salue sa dernière métamorphose, et
mourir, le soir, avant le coucher du soleil, la tête courbée, comme des
fleurs fanées que balance le sifflement plaintif du vent. Mais, vous,
vous restez toujours les mêmes. Aucun changement, aucun air empesté
n’effleure les rocs escarpés et les vallées immenses de votre identité.
Vos pyramides modestes dureront davantage que les pyramides d’Égypte,
fourmilières élevées par la stupidité et l’esclavage. La fin des siècles
verra encore, debout sur les ruines du temps, vos chiffres cabalistiques,
vos équations laconiques et vos lignes sculpturales siéger à la droite
vengeresse du Tout-Puissant, tandis que les étoiles s’enfonceront, avec
désespoir, comme des trombes, dans l’éternité d’une nuit horrible et
universelle, et que l’humanité, grimaçante, songera à faire ses comptes
avec le jugement dernier. Merci, pour les services innombrables que vous
m’avez rendus. Merci, pour les qualités étrangères dont vous avez enrichi
mon intelligence. Sans vous, dans ma lutte contre l’homme, j’aurai
peut-être été vaincu. Sans vous, il m’aurait fait rouler dans le sable et
embrasser la poussière de ses pieds. Sans vous, avec une griffe perfide,
il aurait labouré ma chair et mes os. Mais, je me suis tenu sur mes gardes,
comme un athlète expérimenté. Vous me donnâtes la froideur qui surgit de
vos conceptions sublimes, exemptes de passion. Je m’en servis pour rejeter
avec dédain les jouissances éphémères de mon court voyage et pour renvoyer
de ma porte les offres sympathiques, mais trompeuses, de mes semblables.
Vous me donnâtes la prudence opiniâtre qu’on déchiffre à chaque pas dans
vos méthodes admirables de l’analyse, de la synthèse et de la déduction.
Je m’en servis pour dérouter les ruses pernicieuses de mon ennemi mortel,
pour l’attaquer, à mon tour, avec adresse, et plonger, dans les viscères
de l’homme, un poignard aigu qui restera à jamais enfoncé dans son corps ;
car, c’est une blessure dont il ne se relèvera pas. Vous me donnâtes la
logique, qui est comme l’âme elle-même de vos enseignements, pleine de
sagesse ; avec ses syllogismes, dont le labyrinthe compliqué n’en est que
plus compréhensible, mon intelligence sentit s’accroître du double ses
forces audacieuses. À l’aide de cet auxiliaire terrible, je découvris,
dans l’humanité, en nageant vers les bas-fonds, en face de l’écueil de
la haine, la méchanceté noire et hideuse, qui croupissait au milieu de
miasmes délétères, en s’admirant le nombril. Le premier, je découvris,
dans les ténèbres de ses entrailles, ce vice néfaste, le mal ! supérieur
en lui au bien. Avec cette arme empoisonnée que vous me prêtâtes, je
fis descendre, de son piédestal, construit par la lâcheté de l’homme,
le Créateur lui-même ! Il grinça des dents et subit cette injure
ignominieuse ; car, il avait pour adversaire quelqu’un de plus fort que
lui. Mais, je le laisserai de côté, comme un paquet de ficelles, afin
d’abaisser mon vol... Le penseur Descartes faisait, une fois, cette
réflexion que rien de solide n’avait été bâti sur vous. C’était une
manière ingénieuse de faire comprendre que le premier venu ne pouvait
pas sur le coup découvrir votre valeur inestimable. En effet, quoi
de plus solide que les trois qualités principales déjà nommées qui
s’élèvent, entrelacées comme une couronne unique, sur le sommet auguste
de votre architecture colossale ? Monument qui grandit sans cesse de
découvertes quotidiennes, dans vos mines de diamant, et d’explorations
scientifiques, dans vos superbes domaines. Ô mathématiques saintes,
puissiez-vous, par votre commerce perpétuel, consoler le reste de mes
jours de la méchanceté de l’homme et de l’injustice du Grand-Tout !
Commentaire (s)Déposé par Cochonfucius le 2 février 2013 à 17h13Grand Bougnat fit sortir le frelon du néant,
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