Jean Lahor

L’illusion


Réminiscences


À Darwin.


Je sens un monde en moi de confuses pensées,
Je sens obscurément que j’ai vécu toujours,
Que j’ai longtemps erré dans les forêts passées,
Et que la bête encor garde en moi ses amours.
 
Je sens confusément, l’hiver, quand le soir tombe,
Que jadis, animal ou plante, j’ai souffert,
Lorsque Adonis saignant dormait pâle en sa tombe ;
Et mon cœur reverdit, quand tout redevient vert.
 
Certains jours, en errant dans les forêts natales,
Je ressens dans ma chair les frissons d’autrefois,
Quand, la nuit grandissant les formes végétales,
Sauvage, halluciné, je rampais sous les bois.
 
Dans le sol primitif nos racines sont prises ;
Notre âme, comme un arbre, a grandi lentement ;
Ma pensée est un temple aux antiques assises,
Où l’ombre des Dieux morts vient errer par moment.
 
Quand mon esprit aspire à la pleine lumière,
Je sens tout un passé qui me tient enchaîné ;
Je sens rouler en moi l’obscurité première :
La terre était si sombre aux temps où je suis né !
 
Mon âme a trop dormi dans la nuit maternelle :
Pour monter vers le jour, qu’il m’a fallu d’efforts !
Je voudrais être pur ; la honte originelle,
Le vieux sang de la bête est resté dans mon corps.
 
Et je voudrais pourtant t’affranchir, ô mon âme,
Des liens d’un passé qui ne veut pas mourir ;
Je voudrais oublier mon origine infâme,
Et les siècles sans fin que j’ai mis à grandir.
 
Mais c’est en vain : toujours en moi vivra ce monde
De rêves, de pensers, de souvenirs confus,
Me rappelant ainsi ma naissance profonde,
Et l’ombre d’où je sors, et le peu que je fus ;
 
Et que j’ai transmigré dans des formes sans nombre,
Et que mon âme était, sous tous ces corps divers,
La conscience, et l’âme aussi, splendide ou sombre,
Qui rêve et se tourmente au fond de l’univers !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 4 juin 2016 à 16h04

Un monstre de sable et d’or
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Un démon, ruminant de confuses pensées,
Au fond de mon jardin s’avance lentement ;
Je l’entends marmonner des phrases insensées,
Ça ne me surprend pas, du moins, sur le moment.

Il visite ces lieux, sitôt que la nuit tombe,
Il visite ces lieux, car il les croit déserts.
Vient-il de l’inframonde, ou sort-il d’une tombe ?
Sur ce chapitre-là s’affrontent les experts.

Je crois qu’il a regret de sa friche natale
Qui, sur ces mêmes lieux, s’étendait, autrefois,
Je crois qu’il cherche, en vain, l’anarchie végétale
Qui, jadis,  régentait l’espace et le sous-bois.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Christian T le 5 juin 2016 à 06h02

L,anarchie végétale, c’est le mot que je cherchais...

[Lien vers ce commentaire]

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