Jules Laforgue


Le Sanglot universel


 
Ah ! la Terre n’est pas seule à hurler, perdue !
Depuis l’Éternité combien d’astres ont lui,
Qui sanglotaient semés par l’immense étendue,
Dont nul ne se souvient ! Et combien aujourd’hui !
 
Tous du même limon sont pétris, tous sont frères,
Et tous sont habités, ou le seront un jour,
Et comme nous, devant la vie et ses misères
Tous désespérément clament vers le ciel sourd.
 
Les uns, globes fumants et tièdes, n’ont encore
Que les roseaux géants dont les râles plaintifs
Durant les longues nuits balayent l’air sonore
Sous le rude galop des souffles primitifs.
 
D’autres ont les troupeaux de mammouths et les fauves
Et c’est la faim, le rut et leurs égorgements.
Et les faibles, le soir, du haut des grands pics chauves,
Vers la lune écarlate ululent longuement.
 
Sur d’autres l’homme est né. Velu, grêle, il déloge
Ses aînés de l’abri des puissantes forêts.
Un cadavre l’arrête, il s’étonne, interroge,
Dès lors monte la voix des grands misérérés.
 
Et c’est la Terre. Ah ! nous sommes bien vieux, nous autres !
Nous savons désormais que nul là-haut n’entend,
Que l’univers n’a pas de cœur sinon les nôtres
Et toujours vers un cœur nous sanglotons pourtant.
 
Ceux enfin où Maïa l’Illusion est morte,
Solitaires, muets, flagellés par les vents,
Ils n’ont dans le vertige encor qui les emporte
Que la rauque clameur de leurs vieux océans.
 
Et tous ces archipels de globes éphémères
S’enchevêtrent poussant leurs hymnes éperdus
Et nul témoin n’entend, seul au-dessus des sphères,
Se croiser dans la nuit tous ces sanglots perdus !
 
Et c’est toujours ainsi, sans but, sans espérance...
La Loi de l’Univers, vaste et sombre complot
Se déroule sans fin avec indifférence
Et c’est à tout jamais l’universel sanglot !
 

14 novembre 1880.

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Klingsоr : Lеs Ânеs

Τristаn Klingsоr

Rimbаud : Βаl dеs Ρеndus

Εrik Sаtiе

Lаbé : «Τоut аussitôt quе је соmmеnсе à prеndrе...»

Соppéе : «Sеptеmbrе аu сiеl légеr tасhé dе сеrfs-vоlаnts...»

Sаtiе : Lа Ρêсhе

Vеrlаinе : «Lе сiеl еst, pаr-dеssus lе tоit...»

☆ ☆ ☆ ☆

Klingsоr : Klingsоr

Τоulеt : «Сеttе frаîсhеur du sоir...»

Ghil : Lеs Yеuх dе l’аïеulе

Sсhwоb : Βоuts rimés

Cоmmеntaires récеnts

De Vinсеnt sur Jаsоn еt Μédéе (Hеrеdiа)

De Сосhоnfuсius sur Lе Squеlеttе (Vеrlаinе)

De lасоtе sur D’un bоuquеt d’œillеts gris еt rоugеs (Sаint-Gеlаis)

De Gаrdеur dе саnаrds sur Βаllаdе dеs Εnfаnts sаns sоuсi (Glаtignу)

De Сосhоnfuсius sur Αu Τrаgédiеn Ε. Rоssi (Hеrеdiа)

De Vinсеnt sur «Si vоus vоуiеz mоn сœur аinsi quе mоn visаgе...» (Αubigné)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt à Μаdаmе Μ.Ν. : «Jе vоus аi vuе еnfаnt, mаintеnаnt quе ј’у pеnsе...» (Μussеt)

De Τhundеrbird sur «Ρrélаt, à qui lеs сiеuх се bоnhеur оnt dоnné...» (Du Βеllау)

De Gаrdеur dе саnаrds sur Vuе (Vаlérу)

De Τhundеrbird sur «Dеpuis quе ј’аi lаissé mоn nаturеl séјоur...» (Du Βеllау)

De lасоtе sur «Εn un pеtit еsquif épеrdu, mаlhеurеuх...» (Αubigné)

De Τhundеrbird sur Fin d’еmpirе (Sаmаin)

De Vinсеnt sur «Gоrdеs, ј’аi еn hоrrеur un viеillаrd viсiеuх...» (Du Βеllау)

De Сurаrе- sur «Vоуоns, d’оù viеnt lе vеrbе ?...» (Hugо)

De Сurаrе- sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Сurаrе- sur Сhаnsоn : «Lе bаtеаu sеntаit lе thé...» (Dоminiquе)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sisinа (Βаudеlаirе)

De Ρiеrrе Lаmу sur Μа Βоhèmе (Rimbаud)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sоnnеt аu Lесtеur (Μussеt)

De јоh.lisа sur Сirсоnspесtiоn (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Sоlitudе (Siеfеrt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе