Jules Laforgue

Le Sanglot de la Terre (et autres premiers poèmes)


Incurablement


 
Ne pleure pas ainsi pauvre orgue monotone,
Il neige, tout est clos, il fait un froid de loup,
Qui se dérangerait pour te jeter un sou ?
Ravale tes sanglots, n’attends rien de personne.
 
Va-t’en là-bas plutôt, dans ces quartiers perdus
Où l’on entend l’enfer des marteaux sur l’enclume,
Où claironnent des coqs, où rêvent dans la brume
Les bouleaux souffreteux par la bise tordus —
 
Non, tiens ! reste avec moi. Cœur trop plein d’amour, crève,
Dégonfle-toi, dis-moi tout ; gémis-moi tes cris,
Et les plus douloureux et les plus incompris,
Que j’y brode les fleurs malades de mon rêve.
 
Oh ! qui m’emportera bien loin en un moment,
Dans des pays, là-bas, au soleil du Tropique,
Où je serais aimé comme un enfant phtisique,
Aimé bien doucement, bien maternellement !
 
Ou même, pas si loin, dans un coin bien tranquille
De province, où j’aurais mon chez moi loin du bruit
Ou plutôt, pour rêver dans mes longs jours d’ennui
Seul, devant l’Océan vaste et gris, dans quelque île.
 
Mais non, tout m’est dégoût, je voudrais me soûler
De parfums trop exquis, d’essences dangereuses,
Voir sur des tapis bleus tournoyer des danseuses,
Et ne plus rien savoir, m’endormir, et rouler.
 
C’est vrai, la vie est plate. Et tout devient vulgaire.
L’azur sans cœur sourit, nous lui montrons les poings ;
Puis nous râlons d’ennui. — Si le miracle au moins
Était possible, un peu, l’on pourrait se distraire.
 
Ô pauvre orgue tais-toi, tais-toi, les cieux sont sourds,
Et le maître, ici-bas, c’est la Bêtise humaine ;
Couchons-nous dans un coin ; le Soleil nous entraîne,
Et, stupide à jamais, le temps poursuit son cours — 
 

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