Jules Laforgue(1860-1887) D’autrеs pоèmеs :Соmplаintе dе l’оubli dеs mоrts Соmplаintе sur сеrtаins еnnuis Dimаnсhеs : Lе сiеl plеut sаns but... оu еncоrе :
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Jules Laforgue
— Fête de nuit, inaugurat. du lion de Belfort — pauvre — triste — temps triste, place d’Enfer, Observatoire, fête foraine. Des chevaux bois tournant, des balançoires, des marchands de ferrailles, des faiseurs de caramels, des somnambules, des tourniquets où des étudiants ont gagné un vase de nuit au fond duquel un œil en émail peint regardait. Un cirque avec des toiles grossièrement peintes éclairées par des quinquets fumeux et fétides, deux femmes en maillot fané se promenant sur les planches, gueulant. Des musiciens faisant rage dans des cuivres bosselés dominés par la grosse caisse, boum ! boum ! Un paillasse avec un large pantalon, montant jusqu’au cou et serrant les chevilles, au dos une horloge brodée, perruque d’étoupe rouge, chapeau pointu blanc, masque de farine qui se plissait, se ridait quand il se pâmait sans conviction (ce monsieur, ce frère a ses succès comme vous et moi — Drôle !) Une noce entière occupait un manège de chevaux de bois, la mariée en japon sali dans tous les gargots graisseux de l’arrondissement, se disputait avec le loueur, lui mettait ses deux poings sous le nez. Le marié bêtement s’esclaffait. Une femme de la noce vomissait des flaques de vin, où un chien lappait. Une autre lui tapait maternellement dans le dos pour exciter, faciliter ; bougonnant — il n’y avait pas de bon sens après avoir bu et mangé toute la journée à aller tourner sur des chevaux de bois. des ménages d’ivrognes. Un souteneur faisant sortir une bande de filles dont l’une adorable et triste avait un bleu sous l’œil, elles buvaient du vin — odeurs de quinquets, glapissement des montreurs, mélancolie des orgues jouant des airs de carrefours d’automne, en haut les étoiles vierges et éternelles — Drôle de planète !
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