Jules Laforgue


Citerne tarie


 
Lâche j’ai vu partir l’Art ma dernière idole,
Le Beau ne m’étreint plus d’un immortel transport,
Je sens que j’ai perdu, car avec l’Art s’envole
Cette extase où parfois le vieux désir s’endort.
 
Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule
Et concentrent en moi leurs sanglots, leurs remords,
Nos mains ont désappris le travail qui console.
Pas un jour où, poltron, je ne songe à la mort.
 
Sourd à l’illusion qui tient les multitudes,
Je me traîne énervé d’immenses lassitudes,
Tout est fini pour moi, je n’espère plus rien.
 
Tu bats toujours pourtant, cœur pourri, misérable !
Ah ! si j’étais au moins, comme autrefois, capable
De ces larmes d’enfant qui nous font tant de bien ! 
 
 


 
 

Éponge pourrie


 
Je sens que j’ai perdu l’Art, ma dernière idole,
Le Beau ne m’émeut plus d’un malade transport,
Maintenant c’est fini, car avec l’Art s’envole
Cette extase où parfois le noir Dégoût s’endort.
 
Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule
Et concentrent en moi leur rage, leur remord,
Mes mains ont désappris le travail qui console,
Pas un jour où, tremblant, je ne songe à la mort.
 
Et je vais enviant l’Instinct des multitudes,
Je me traîne énervé d’immenses lassitudes,
Altéré de néant et n’espérant plus rien.
 
Pourtant tu bats toujours, cœur que le Spleen dévore !
Si tu pouvais, du moins, en retrouver encore
De ces larmes d’enfant qui me font tant de bien !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 19 mai 2014 à 14h18

Chansons d’hier
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Reviennent les chansons entendues à l’école,
Dont, derechef, mon âme éprouve des transports.
Le grand Hymne à la joie vers l’horizon s’envole
Et, près de l’Océan, la Bretagne s’endort.

Compère Guilleri se fait arboricole,
Le Père Lustucru vole un chat, sans remords ;
La bergère rencontre un gars qui la console,
Malbrouck a des soldats pour annoncer sa mort.

Chansons, vous qui avez charmé les multitudes,
Vous qui avez vaincu de lourdes lassitudes,
J’aime vos constructions bâties sur trois fois rien.

Les ombres du passé, que vos vers commémorent,
Le soir en mon jardin viennent danser encore ;
Toujours les mêmes mots ; et c’est clair, et c’est bien.

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