Étienne de La Boétie



Amour, lorsque premier ma franchise fut morte,
Combien j’avais perdu encor je ne savais,
Et ne m’avisais pas, mal sage, que j’avais
Épousé pour jamais une prison si forte.
 
Je pensais me sauver de toi en quelque sorte,
Au fort m’éloignant d’elle ; et maintenant je vois
Que je ne gagne rien à fuir devant toi,
Car ton trait en fuyant avecques moi j’emporte.
 
Qui a vu au village un enfant enjoué,
Qui un bâton derrière à un chien a noué,
Le chien d’être battu par derrière étonné,
 
Il se vire et se frappe, et les enfants joyeux
Rient qu’il va, qu’il vient, et fuyant parmi eux
Ne peut fuir les coups que lui-même se donne.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 25 septembre 2013 à 16h45

Étienne, as-tu vraiment cru ta liberté morte ?
En amour elle croît, Tiennot, si tu savais !
Cette âme solitaire, ainsi que tu l’avais,
Pour cet amour devient et plus grande et plus forte.

Tu as doublé ton coeur, Étienne, en quelque sorte,
Ainsi t’éprenant d’elle ; et ce n’est pas mauvais.
Que voulais-tu lui dire en disant « Je m’en vais » ?
Son portrait en fuyant avec toi tu emportes.

Au lieu de t’appliquer à des jeux solitaires,
Tu partages tes jours, tu n’es plus seul sur terre :
Au début, tes amis furent bien étonnés.

Ils en sont maintenant satisfaits et joyeux.
Profite de ta vie sur terre, parmi eux,
Avec ce bel amour que le ciel t’a donné.

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Déposé par Cochonfucius le 8 avril 2022 à 12h14

Stadtmusikanten
--------

Aime notre musique, elle te réconforte,
Elle adoucit les moeurs, mais ça, tu le savais !
Comme si dans une eau ton âme tu lavais,
Ce qui la renouvelle et qui la rend plus forte.

Tu dois reconnaissance aux gens de notre sorte,
Ils sont pleins de vigueur et n’ont rien de mauvais ;
Ne tourne point le dos en disant « Je m’en vais »,
Car tu n’es point de ces amis que vent emporte.

Tu écoutes nos airs, tu n’es plus solitaire,
Tu goûtes l’harmonie du ciel et de la terre ;
Tu es rempli d’amour, n’en sois pas étonné.

Tu seras pour toujours notre auditeur joyeux,
Tu nous protègeras lorsque nous serons vieux ;
Tu ne perdras jamais l’envie de fredonner.

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