Anne de La Vigne


La Passion vaincue

Sonnet


La Bergère Liris sur les bords de la Seine
Se plaignait l’autre jour d’un volage berger.
Après tant de serments peux-tu rompre ta chaîne
Perfide, disait-elle, oses-tu bien changer ?
 
Puisqu’au mépris des Dieux tu peux te dégager,
Que ta flamme est éteinte et ma honte certaine ;
Sur moi-même de toi je saurai me venger,
Et ces flots finiront mon amour et ma peine.
 
À ces mots résolue à se précipiter,
Elle hâte ses pas et sans plus consulter,
Elle allait satisfaire une fatale envie.
 
Mais bientôt s’étonnant des horreurs de la mort :
Je suis folle, dit-elle, en s’éloignant du bord :
Il est tant de Bergers, et je n’ai qu’une vie.

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 7 novembre 2017 à 12h12

Portecoq
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Portecoq est seigneur des deux rives de Seine,
Il a, pour le servir, mille petits bergers
Qui doux trouvent leur sort et légères leurs chaînes,
Ayant un si bon maître, ils n’en veulent changer !

Mais lui de soumission ne se peut dégager,
Bien que noble, il connaît servitude certaine ;
Car il offensa Zeus, lequel, pour se venger,
Sur lui jeta le sort d’amour et de sa peine.

La louange d’un coq il devra réciter,
Ou la sorcière au bois nuitamment consulter,
Ne pouvant satisfaire une fatale envie.

Jalouser une poule est pire que la mort,
Mais de Seine il ne peut quitter l’aimable bord :
La ville tient son coeur, et le fleuve est sa vie.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 31 juillet 2019 à 11h38

Au lendemain de Cana
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Avoir le meilleur vin, ce n’est pas chose vaine,
Lui qui réconforta les rois et les bergers ;
Même, il peut consoler un captif qu’on enchaîne,
Et le temps de grisaille en joli temps changer.

De toute soumission il nous peut dégager
Et de mille notions rendre l’âme certaine ;
Car noyer une offense, au lieu de la venger,
En maintes occasions apporte moins de peine.

La louange du vin nous devrons réciter
Et les vieux vignerons fréquemment consulter ;
Puis vider les godets, au gré de nos envies.

Le fils du charpentier voulut, avant sa mort,
Qu’un calice pour lui fût rempli jusqu’au bord
De ce vin fraternel qu’il aima dans sa vie.

[Lien vers ce commentaire]

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