La Fontaine

Fables choisies mises en vers [Livres I-VI], 1668


Le Rat de ville et le Rat des champs


 
Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D’une façon fort civile,
À des reliefs d’Ortolans.
 
Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.
 
Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu’un troubla la fête
Pendant qu’ils étaient en train.
 
À la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.
 
Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.
 
— C’est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n’est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi ;
 
Mais rien ne vient m’interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 14 octobre 2013 à 16h14


Cloches de l’Hôtel de Ville
Et vieux carillons des champs,
Dans vos tintements tranquilles,
De beaux jours vont s’écoulant.

Votre son clair nous convie
À bien des plaisirs promis,
À profiter de la vie,
À rencontrer nos amis.

Pour le tournoi qui s’apprête,
Pour la noce et le festin :
Vous sonnez pour toute fête,
Vous sonnez soir et matin.

Pour les heures estivales
Que vous marquez à grand bruit,
Pour la paix dominicale
Et pour la lune qui luit,

Cloches, vous devenez lyres ;
Quand je me réveille tôt,
Vous avez l’air de me dire
Des poèmes matinaux.

Braves carillons rustiques,
Sans ornement, sans émoi,
Marquant des temps identiques
Dans la chaleur et le froid ;

Rien ne vient vous interrompre,
Vous tintez tout à loisir,
Semblant y prendre un plaisir
Que rien ne saurait corrompre.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par pich24 le 7 octobre 2016 à 09h07

LE  RAT  DES  VILLES …
Une fable pour chacun, selon les rimes originales

Le rat le plus huppé des égouts de la ville
Un beau jour convia son beau-frère des champs,
Dont la société n’était guère civile,
À venir déguster un pâté d’ortolans,
Des nems, de la pizza, des kebabs de Turquie :
« Les petits plats, dit-il, dans les grands seront mis ! »
— Alors qu’il l’invitait pour égayer sa vie
Dans un dîner de con autour de bons amis. —

Comme chacun le sait, un rural est honnête,
Et bien qu’il ne connût aucun plat du festin
Quand l’assemblée en fit le héros de la fête
Il ne put se douter être son boute-en-train.

Cependant, prévenu par le garçon de salle,
— Car la ville a des gens qui font courir leur bruit —
Le paysan comprend qu’il faudrait qu’il détale
Plutôt que d’en rester à vivre ce qui suit.

« La politesse ici veut que je me retire !
J’ai trop peur d’abuser sans partir aussitôt,
Et j’ai bien mal au cœur de devoir vous le dire
Mais il est temps venu d’aller faire mon rôt. »

Le citadin supplie, adjure le rustique,
Disant : « Beau-frère ! Allons ! Demeure auprès de moi ! »
Car il aimerait bien, comme dernière pique,
Qu’il prenne ses déchets pour un morceau de roi.

« La bêtise est un sort qu’on ne peut interrompre.
Rétorque son parent, lui gâchant ce loisir.
Quand il joint dans l’égout le vice et le plaisir,
Tout esprit, fût-il grand, ne peut que se corrompre ! »

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LE  RAT  DES  CHAMPS …
Une fable pour chacun, selon les rimes originales

Décidant d’inviter son cousin de la ville
Pour qu’il puisse admirer le charme de ses champs,
Un rat peu compétent en matière civile
Le pria de goûter sa chasse aux ortolans.

Ce dernier, préférant les köftes de Turquie,
Les joignit au buffet quand le couvert fut mis ;
Ne pouvoir renoncer à son mode de vie
Lui vaudrait au retour les bravos des amis.

La table de son hôte, il faut rester honnête,
Fut pour Pantagruel un plantureux festin ;
Bien que gras, les bouseux, quand on parle de fête,
Ne sont, comme on le dit, pas en retard d’un train.

L’urbain parle d’effluve émanant de la salle
Quand soudain de sa chaise on entend un doux bruit
Qui fait que, sur-le-champ, le rat voisin détale
Et que, comme un seul rat, tout le monde le suit.

On attend poliment que l’odeur se retire
Quand la honte et l’air frais les suppléent aussitôt.
Pourtant, le citadin prend le parti de dire :
« Je crains fort que ceci soit la faute du rôt ! »

À ces mots un souris éclaire le rustique :
« Cessez, ordonne-t-il d’être blessant chez moi.
J’en connais dont la tête est au bout de la pique
Pour avoir cru le peuple obligé de son roi !
Si les moeurs de la ville ont pour but d’interrompre
Les repas de famille ou tout autre loisir,
Veuillez donc ramener dans ce lieu de plaisir
Vos airs supérieurs que le gaz vient corrompre. »

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 10 décembre 2016 à 17h48

L’Ara de ville et l’Ara des champs
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Non, jamais l’ara de ville
N’invita l’Ara des champs
À manger du crocodile
Suivi d’une part de flan.

Rarement l’ara convie
Son collègue ou son ami
À sa table bien servie ;
Un seul couvert y est mis.

Je ne sais pas s’il apprête,
Dans sa cuisine un festin ;
Mais il ne fait pas la fête,
Il se lève le matin.

Pas  de grillade estivale,
Pas d’orchestre, pas de bruit,
Pas d’orgie dominicale,
Même si la lune luit,

Ce n’est pas un oiseau-lyre ;
C’est un oiseau couche-tôt,
Nous avons entendu dire
Qu’il voit des gens matinaux.

Ce volatile est rustique,
Et sa vie est sans émoi,
Tous ses jours sont identiques,
Jamais plus chauds, ni plus froids.

Pourquoi vouloir interrompre
Le cours des temps sans loisirs  ?
Être sobre est un plaisir
Que je ne veux pas corrompre.

[Lien vers ce commentaire]

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