La Fontaine


Ballade en réponse à Madame des Houlières


 
Qu’à caution tous amants soient sujets,
C’est une erreur qui les bons décrédite.
On voit au monde assez d’amants discrets
La race encor n’est pas toute détruite ;
Quoi qu’en ait dit femme un peu trop dépite,
Rien n’est changé du siècle d’Amadis,
Hors que pour être amitié maintenue
Plus n’est besoin d’Urgande déconnue ;
On aime encor comme on aimait jadis.
 
Il est bien vrai qu’on choisit les objets :
Plus n’est le temps de dame sans mérite ;
Quand beauté luit sous simples bavolets,
Plus prisés sont que reine décrépite ;
Sous quelque toit que Bonne-Grâce habite,
Chacun y court, jusqu’aux plus refroidis
Depuis Adam cela se continue ;
Et, quand Grâce est de Bonté soutenue,
On aime encor comme on aimait jadis.
 
Dans le vieux temps il fut des cœurs coquets ;
Plus qu’à présent, Amour fut hypocrite
Pas n’est besoin que je prouve ces faits,
C’est vérité dans mainte histoire écrite.
Amants savaient faire la chattemite ;
Ce n’est que d’eux que nous l’avons appris ;
D’eux jusqu’à nous la chose est parvenue :
Puisque par eux elle nous est connue,
On aime encor comme on aimait jadis.
 
Quand Céladon au pays de Forêts
Était prôné comme un amant d’élite,
On vit Hylas, patron des indiscrets,
En plein marché tenir autre conduite.
Bref, en tout temps Amour eut à sa suite
Sujets loyaux et sujets étourdis ;
Or n’en est pas la coutume perdue :
Comme autrefois la mode en est venue,
On aime encor comme on aimait jadis.
 
 

Envoi


 
Toi qui te plains d’Amour et de ses traits,
Dame chagrine, apaise tes regrets ;
Si quelque ingrat rend ton humeur bourrue,
Ne t’en prends point à l’enfant de Cypris ;
Cause il n’est pas de ta déconvenue :
Quand la dame est d’attraits assez pourvue,
On aime encor comme on aimait jadis.
 

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