Gustave Kahn

Le Livre d’Images, 1897


L’Eau


 
Sur un grand divan, soie d’argent
et grandes fleurs bleues sur le fond crémeux
et ses mains égrenant des perles,
bouquet du matin diligent
voici Thétis inconsolée.
 
Ses cheveux sont ondés comme la vague déferle
par un temps doux de belle arrivée
et ses yeux verts, languides, sont une caresse
même en ce temple de grâces paresseuses,
et les Néréides aux tresses emperlées
l’entretiennent des nouvelles
que les mouettes à tire-d’aile
apportent des terres fabuleuses.
 
Le bon seigneur Neptune est encore irrité !
 
Les fils des hommes, ces mécréants, dans la puissance
qu’ils tiennent d’obscurs Titans
infatués de courte science,
conquièrent sur la mer des lisières d’une coudée
ou deux ou trois, et loin qu’on puisse s’élever
comme autrefois
en face le sable blanc sur la mer sans limite
vers la plaine onduleuse et rase,
de grandes digues comme des terrasses
se dressent, et voici la terre masquée
et l’on voit, au lieu du vert de ses prairies
ou du large velours de ses moissons jaunies,
la pierre d’ennui de ses quais.
 
Le bon seigneur Neptune est encore irrité !
Voici les lourds bateaux cheminant vers les îles
où l’on pouvait encore s’ébattre en liberté,
et se fâcher serait grave ; les bateaux brisés
laissent vers les Édens sous-marins crouler
de si pâles faces de noyés
qu’en l’intérêt de nos splendeurs,
il vaut mieux que ces vainqueurs d’une heure
passent sur nos fêtes, avec tranquillité.
Les ignorer, c’est un châtiment
suffisant pour notre divinité.
 
Ah ! qu’ils en seraient amants,
s’ils savaient encore lire notre enchantement !
 
Et les Néréides reprennent ce rouet
à l’accent si félin, si doux, que l’on entend
quand la voix colère de l’autan
n’effarouche pas l’éphémère,
ce rouet si ronronnant, ce fil d’herbe si parfumé,
que les pilotes croient respirer
quand cette aube s’élève des vagues de la mer
l’odeur lointaine des îles enchantées,
que les vivats de découverte
s’élancent, avec le rêve des lingots rapportés
vers les pontons rongés de mousses vertes.
Et qu’importe ! ceux-là passent.
Les belles nymphes sont immortelles,
comme le thyrse et le caducée,
comme la vague, comme la dentelle
de l’herbe, et l’ouate des nuées,
comme la roche aux repos noirs sous l’ondée
arc-en-ciel par le même soleil,
comme le vin pourpre ou le vin vermeil
ou les chaînes de Prométhée.
Ils se penchent, c’est de l’ombre ; ils crient, c’est de l’écho ;
Ils meurent, c’est du silence ; ils chantent, c’est une phrase
à la beauté sereine du soleil et des flots.
 
Encore un regard à la fraîche toilette,
car voici les Tritons, ivresse, beauté, force
apportant les plus odorantes cassolettes,
et les nacres, peintes sur leur torse
qui viennent amuser les déesses
et persuader leurs agiles traîtresses.
 

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