Alfred Jarry

Les Minutes de Sable Mémorial, 1894


Végétal


 
Le vélin écrit rit et grimace, livide.
Les signes sont dansants et fous. Les uns, flambeaux,
Pétillent radieux dans une page vide.
D’autres en rangs pressés, acrobates corbeaux,
 
Dans la neige épandue ouvrent leur bec avide.
Le livre est un grand arbre émergé des tombeaux.
Et ses feuilles, ainsi que d’un sac qui se vide,
Volent au vent vorace et partent par lambeaux.
 
Et son tronc est humain comme la mandragore ;
Ses fruits vivants sont les fèves de Pythagore ;
Des feuillets verdoyants lui poussent en avril.
 
Et les prédictions d’or qu’il emmagasine,
Seul le nécromant peut les lire sans péril,
La nuit, à la lueur des torches de résine.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 25 novembre 2014 à 13h57

Plantation
---------------

Rosiers que j’ai plantés sous la lune livide,
Je vous vois resplendir ainsi que des flambeaux ;
Vous ornez de couleurs ce jardin presque vide,
Salués au matin par le cri du corbeau

Qui rate rarement ce rendez-vous avide.
Un rocher près de vous, came comme un tombeau,
Prend au soleil levant des airs de pyramide ;
Au fond du ciel se traîne un nuage en lambeaux.

Le chien creuse le sol pour trouver un trésor
(On ne sait s’il y croit, ou s’il en doute fort).
Nous sommes dans les jours où tout prend bien racine.

Au loin j’entends glapir mon compère goupil
Qui viendrait voir mes coqs, n’était le grand péril :
Volaille est vigoureuse, à Sainte-Catherine.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 25 novembre 2014 à 14h10

Retouche (deuxième quatrain, deuxième vers)

"calme comme un tombeau".

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Jadis le 19 mai 2020 à 13h55

Animal
----------

Le vélin écru rue avec inquiétude,
La plume y marque au fer ses délires verbaux ;
Il franchit, éperdu, toutes les latitudes,
Des sources fusent sous ses mythiques sabots.

Il guérit et captive, il égaye l’étude,
Car le livre, ô lecteur, n’est pas un placebo :
Il grise l’érudit, ravit la multitude,
Il est tantôt Critias et tantôt Salammbô.

Entre ses lourds feuillets fleurit la métaphore :
La lune rougeoyante y naît sur le Bosphore ?
C’est, pointant de la sylve, un mufle de mandrill. (1)

Et l’auteur, pète-en-cieux, comme dit ma cousine,
Y voit se refléter, glorieux, son nombril
Que l’on retrouvera dans tous les magazines.


(1) Ce vers a obtenu le Grand Prix de la Métaphore la plus inepte, toutes catégories.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Curare- le 20 mai 2020 à 15h47

Notre Jadis serait-il 1 oulipien se cachant sous un joli pseudo . .

[Lien vers ce commentaire]

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