Francis Jammes

De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir, 1898


Un jeune homme


 

À Gustave Kahn.


Un jeune homme qui a beaucoup souffert
traverse la place du hameau vert.
La chaleur est immense. Il passe devant
l’auberge et une modeste grille
où s’entortillent des roses et de la vigne.
 
La douce hirondelle poursuit les guêpes
dans le silence. C’est l’heure des vêpres.
 
Il entre doucement, sans être aperçu,
dans l’église pauvre où les voix aiguës
des Filles de Marie font un chant frais.
 
Au dehors, silence. La vieille forêt
où dorment les écureuils et les piverts
rappelle ces beaux dessins qui ornent
quelque botanique d’une autre époque
donnée en prix à des personnes mortes.
 
Le jeune homme voit dans le banc,
qui luit d’ombre douce, de vieux paysans.
Il voit l’autel pâle aux belles fleurs peintes,
le curé chantant et les belles teintes
que la lumière jette sur les dalles.
 
Une jeune fille qui est très belle,
sous le jour d’un vitrail est violette.
 
Ce jeune homme sort des vêpres ému
par la piété de la jeune fille.
C’est une jeune fille de bonne famille
qui habite une vieille maison perdue
sous des arbres, avec son père et sa mère.
 
Le jeune homme dont la vie a été amère
revient plusieurs fois à ces mêmes vêpres.
Il devient pieux. Il est présenté
aux parents de la jolie jeune fille
par le vénérable et bon curé.
 
Bientôt les deux jeunes gens sont fiancés
et, le soir, quand le jeune homme y a dîné,
ils vont tous les deux se promener
le long des fleurs en nuit dans les allées.
 
Il dit : je vous aime. Alors elle est heureuse.
 
Un rossignol enchante la nuit amoureuse,
musicale chose pluvieuse,
et son chant délicieux se mêle au
parfum des iris et à la chanson de l’eau.
 
Ainsi va la vie. Ils furent mariés
par le bon curé quelques jours après.
 
Et le jeune homme au cœur malheureux
fut guéri pour toujours, et pieux.
 

       
Mars 1897.

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Régniеr : Εn fоrêt

Соppéе : Fаntаisiе nоstаlgiquе

Αngоt dе L’Épеrоnnièrе : «Τоutе сhоsе prеnd fin, tоut еst suјеt аu сhаngе...»

☆ ☆ ☆ ☆

Rimbаud : Lеs Rеmеmbrаnсеs du viеillаrd idiоt

Ρоnсhоn : V’là lа nеigе

Cоmmеntaires récеnts

De Μаriо’nеt sur Βаtifоlаgе (Lаmаndé)

De Lа Μusérаntе sur Sоnnеt : «Μоi, је vis lа viе à сôté...» (Сrоs)

De Jоrsin sur Lеs Αmis trоp d’ассоrd (Hоudаr dе Lа Μоttе)

De Сhristiаn sur Соntrе Ligurinus : «Τоut lе mоndе tе fuit...» (Dubоs)

De Jаdis sur Αprès lа сlаssе (Hаrdу)

De Βас mаrсеl sur Lеs Gеnêts (Fаbié)

De Frаnçоis С. sur «Lе viеrgе, lе vivасе еt lе bеl аuјоurd’hui...» (Μаllаrmé)

De Jасquеs Rоubаud sur «Οn m’а mis аu соllègе (оh ! lеs pаrеnts, с’еst lâсhе !)...» (Νоuvеаu)

De Сеltоmаniаquе sur «Lе miсrоbе : Βоtulinus...» (Τоulеt)

De Stеphеn Βiеnаrmé sur Lе Τоmbеаu dе Сhаrlеs Βаudеlаirе (Μаllаrmé)

De Jаdis sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ρаul-Jеаn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn)

De X. sur Splееn : «Τоut m’еnnuiе аuјоurd’hui. J’éсаrtе mоn ridеаu...» (Lаfоrguе)

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе