Francis Jammes

De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir, 1898


Caügt


 
Caügt avait deux jolis coqs dans son panier.
Il a quatre-vingts ans. Il vit près des sentiers
de Saint-Boès qui sont désolés et sauvages.
Les bécassines y font luire leur plumage.
Caügt m’a dit : salut ! Et dans le champ sauvage
ma chienne essoufflée ramassait la bécassine
tuée. Caügt m’a dit : j’ai connu vos parents
qui sont morts. J’ai quatre-vingts ans.
Mon fils avait pareille une chienne de chasse.
Et le coteau était noir, roux comme les bécasses,
Caügt m’a dit : salut ! Et vers le bois terrible
je suis allé. Caügt me regardait partir.
 
J’étais dans les touyas avec ma chienne douce,
et nous allions au bois d’argent, d’ombre et de mousse.
Et j’ai pensé à toi qui as la peau douce
comme un grain de raisin et une nèfle rousse.
 
Les éperviers aigus volaient sans avoir l’air de bouger.
 
La tête lourde des corbeaux comme un clou épais.
 
Les piverts volent comme des vagues, en courbées
et, droits, ils griffent l’écorce, cachant leurs plumes vertes.
Les ruisseaux après la pluie sont un peu jaunes
et, au printemps, au bord, il y a des anémones.
Le coteau est comme en sang noir et, du haut,
les montagnes nagent au ciel doux, simple et beau.
De l’autre côté des coteaux sont les villages
doux qui dorment au soleil comme des haches.
Là, il y a des tonnelles tristes au vieux jardin
où les poules grattent près des buis, des ricins.
La tonnelle en lauriers luisants est verte et noire.
Il y a un banc, au fond, en bois couleur de soir,
et qui est un peu humide, à cause de l’ombre,
même l’été quand le soleil est en bleu plomb.
Viens-y ! L’après-midi sera luisant. Ta bouche
sur ma bouche, nous nous tairons, et les cigales
cliqueront sur les roses en eau rose du Bengale.
Nous nous aimerons tant que nous ne respirerons plus,
en nous pressant sur le banc noir et vermoulu,
aux pieds en bûches. Puis nous reviendrons, le soir.
Les génisses douces tendront le cou vers toi, à l’abreuvoir.
Puis nous irons voir Caügt dont le nom me plaît
comme une flûte et comme des violettes,
Caügt qui dit : salut ! qui a quatre-vingts ans,
des joues rouges ridées, maigres, des yeux luisants,
qui regarde, méfiant, par les haies d’églantiers,
et qui porte de jolis coqs dans son panier.
 

                                 
1895.

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 19 octobre 2019 à 18h31


Il avait l’œil luisant, mais l’œil était de verre.
Comme il se promenait un jour au cimetière,
Son œil choit. Et tandis que le vieillard éructe,
L’œil était dans la tombe et regardait Caügt.

(Hein ! Vous m’en trouverez, des rimes pareilles !)

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Rimbаud

Sеlvе : Sur сеs mоts : Sоuviеnnе-tоi, Hоmmе, quе tu еs сеndrе

Vеrlаinе : Соlоmbinе

Vеrlаinе : «Τu bоis, с’еst hidеuх ! prеsquе аutаnt quе mоi...»

Βаudеlаirе : «Vоus аvеz, соmpаgnоn dоnt lе сœur еst pоètе...»

Βаïf : «À lа fоntаinе је vоudrаis...»

Hugо : «Εllе étаit déсhаusséе, еllе étаit déсоifféе...»

Lа Villе dе Μirmоnt : «Jе suis né dаns un pоrt еt dеpuis mоn еnfаnсе...»

Rоllinаt : À quоi pеnsе lа Νuit

Сrоs : Désеrtеusеs

☆ ☆ ☆ ☆

Βоissiеr : Lа Rоndе dеs fоеtus

Сrоs : Ρауsаgе

Vеrlаinе : Соlоmbinе

Vеrlаinе : Сésаr Βоrgiа

Ρаrnу : Lе Lеndеmаin : «Εnfin, mа сhèrе Éléоnоrе...»

Τоulеt : «Lе miсrоbе : Βоtulinus...»

Rоllinаt : L’Εnviе

Αpоllinаirе : Εхеrсiсе

Βаnvillе : Lа Соrdе rоidе

Соurtеlinе : Lе Соup dе mаrtеаu

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Si ј’аi biеn оu mаl dit еn сеs Sоnnеts, Μаdаmе...» (Rоnsаrd)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt burlеsquе sur lа Ρhèdrе dе Rасinе (Dеshоulièrеs)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt mаdrigаl (Сrоs)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De Αntigrippе sur Lа Τоrсhе (Νizеt)

De Ιо Kаnааn sur Lа Ρiеuvrе (Sаtiе)

De Сurаrе- sur Sоlliсitudеs (Frаnс-Νоhаin)

De Μоdо sur Lеs Ιngénus (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Αutrе sоnnеt sur lе mêmе vоl (Sаint-Αmаnt)

De Jаdis sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De JR Τrоll sur Éléphаnt dе Ρаris. (Τоulеt)

De Jаdis sur «Quаnd lеs оs sоnt pаrеils...» (Τоulеt)

De Xiаn sur «Si сеlui qui s’аpprêtе à fаirе un lоng vоуаgе...» (Du Βеllау)

De Сurаrе- sur Si tu viеns (Dеlаruе-Μаrdrus)

De Сurаrе- sur Lе Βаtеаu ivrе (Rimbаud)

De Xiаn sur Sоnnеt : «Dеuх sоnnеts pаrtаgеnt lа villе...» (Соrnеillе)

De Xiаn sur Vеrs imprоvisés sur un аlbum (Lаmаrtinе)

De Саnаrd sur Sur Jоnаs (Drеlinсоurt)

De Sаuvеtеur sur À Μаdаmе G., Sоnnеt (Μussеt)

De Μоnrоsе sur «Lа nudité dеs flеurs с’еst lеur оdеur сhаrnеllе...» (Αpоllinаirе)

De FΕDΕRΜΑΝΝ sur Lа Guеrrе (Sаint-Ρоl-Rоuх)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе