Vincent Hyspa


L’Omnibus automobile


 
C’était pendant l’horreur du Quatorze Juillet,
Il faisait chaud, très chaud, sur la place Pigalle.
Un gros ballon, sans bruit, gravement ambulait
Par la route céleste unique et nationale.
Il faisait soif, très soif et le petit jet d’eau,
Esclave du destin, montait de bas en haut.
 
Il était environ neuf heures trente-cinq,
La douce nuit venait de tomber avec grâce.
Et le petit jet d’eau pleurait sur le bassin,
Lorsque je vis passer au milieu de la place
Un omnibus, automobile, entendez-vous,
Avec de grands yeux verts et rouges de hibou.
 
L’omnibus était vide et l’écriteau « Complet »
Détachait sur fond bleu ses sept lettres de flamme.
Je suivis au galop le monstre qui passait
En écrasant avec des airs d’hippopotame
Des femmes, des enfants, des chiens et des sergots.
Des députés et des tas d’autres animaux.
 
Enfin il s’arrêta place de l’Opéra
Et je vis qu’il était chargé de sacs de plâtre.
Ces sacs, me dit le conducteur, ces sacs sont là
Pour remplacer le voyageur acariâtre ;
Nous faisons des essais depuis plus de vingt mois
Et ces sacs sont pour nous autant de gens de poids.
 
Mais pourquoi, dis-je au bon conducteur de l’auto
Qui venait d’écraser ces piétons anonymes,
Pourquoi des sacs plutôt que ce cher populo ?
C’est, me répondit-il, sur un ton de maxime,
C’est, voyez-vous, pour éviter des accidents
De personnes qui pourraient bien être dedans.
 
C’était pendant l’horreur du Quatorze Juillet,
Il faisait chaud, très chaud, sur la place Pigalle.
Un gros ballon, sans bruit, gravement ambulait
Par la route céleste unique et nationale.
Il faisait soif, très soif et le petit jet d’eau,
Prisonnier du destin, montait de bas en haut.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 29 juin 2016 à 18h24

Monde de reflets
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J’ai vu se refléter la huppe de juillet
Dans le miroir des rois de la place Pigalle.
Cet oiseau, gravement, un soir, déambulait,
Ayant pour l’escorter la garde nationale.

Elle but à loisir dans le petit jet d’eau,
Qui, vous le savez bien, coulait de bas en haut.
La douce nuit, bientôt, effacerait sa trace,
Et chaque garde, enfin, regagnerait sa place.

Un jeu d’échecs veillait, un beau jeu, savez-vous,
À l’usage des morts et du rêveur hibou.
La huppe l’admirait avec des yeux de flamme ;
Mais lui, pourtant, songeait à des hippopotames.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Jadis le 6 octobre 2019 à 08h26


Pardon, puis-je monter, monsieur le conducteur ?
Complet ! fut la réponse insultante et narquoise.
Mais pourquoi donc ces sacs en lieu de voyageurs ?
Le même organe infect articula : Ecrase !

[Lien vers ce commentaire]

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