Hugo

La Légende des siècles, 1883



 
Un homme aux yeux profonds passait ; un patriarche
Lui demanda : — Combien as-tu de jours de marche,
Ô voyageur qui viens du côté du levant ?
L’homme dit : — Je ne sais. Le vieux reprit : — Le vent,
Ô voyageur qui viens du côté de l’aurore,
T’a-t-il bien poursuivi ? L’homme dit : — Je l’ignore.
Le vieillard dit : — Tu dois avoir près d’Engaddi
Trouvé la caravane allant vers le midi ;
Combien de voyageurs et de bêtes de somme ?
— Je n’ai rien rencontré ni rien compté, dit l’homme.
— Les hérons gris ont-ils passé dans le brouillard ?
Dit le vieux. L’homme dit : — Je n’ai rien vu, vieillard.
Et le vieillard reprit : — Homme au sombre visage,
Aujourdhui, dans ta route, as-tu, selon l’usage,
Auprès de la citerne entre Edom et Gaza,
Crié trois fois le nom du saint qui la creusa ?
Et l’homme répondit — Quel saint ? que veux-tu dire ?
Le vieillard repartit : — Homme, est-ce de la myrrhe
Ou du baume qu’on doit en tribut envoyer
Au tétrarque Antipas pour laver son foyer
Et parfumer son lit ? — Je ne sais pas, dit l’homme.
— Quoi ! tu ne connais point le roi que je te nomme ?
Non. — Le vieillard reprit : Tu ne distingues pas
Entre le lit de pourpre où se couche Antipas
Et la paille, qui sert aux bêtes de litière ?
— Non, dit l’homme.
                                  Ils parlaient auprès d’un cimetière.
L’œil du vieillard tomba sur les fosses ; il dit :
— Tous ces êtres, hélas ! sur qui l’herbe grandit,
Étaient jadis vivants, bruyants, joyeux, utiles ;
Maintenant les voilà tombés chez les reptiles,
Mangés des vers, mêlés à la terre, mêlés
À la cendre, et gisants. — Non, dit l’homme. Envolés.
Arriver au tombeau, c’est atteindre le faîte. —
 
Le patriarche alors reconnut un prophète,
Et murmura pensif, à voix basse, pendant
Que ce passant, doré par le rouge occident,
Disparaissait au loin dans le désert sublime :
— Ô savant seulement des choses de l’abîme !
 

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