Hugo

Les Chansons des rues et des bois, 1865


Sommation irrespectueuse


 
Rire étant si jolie,
C’est mal. Ô trahison
D’inspirer la folie,
En gardant la raison !
 
Rire étant si charmante !
C’est coupable, à côté
Des rêves, qu’on augmente
Par son trop de beauté.
 
Une chose peut-être
Qui va vous étonner,
C’est qu’à votre fenêtre
Le vent vient frissonner,
 
Qu’avril commence à luire,
Que la mer s’aplanit,
Et que cela veut dire :
Fauvette, fais ton nid.
 
Belle aux chansons naïves,
J’admets peu qu’on ait droit
Aux prunelles très vives,
Ayant le cœur très froid.
 
Quand on est si bien faite,
On devrait se cacher.
Un amant qu’on rejette,
À quoi bon l’ébaucher ?
 
On se lasse, ô coquette,
D’être toujours tremblant,
Vous êtes la raquette,
Et je suis le volant.
 
Le coq battant de l’aile,
Maître en son pachalick,
Nous prévient qu’une belle
Est un danger public.
 
Il a raison. J’estime
Qu’en leur gloire isolés,
Deux beaux yeux sont un crime,
Allumez, mais brûlez.
 
Pourquoi ce vain manège ?
L’eau qu’échauffe le jour,
La fleur perçant la neige,
Le loup hurlant d’amour,
 
L’astre que nos yeux guettent,
Sont l’eau, la fleur, le loup,
Et l’étoile, et n’y mettent
Pas de façons du tout.
 
Aimer est si facile
Que, sans cœur, tout est dit,
L’homme est un imbécile,
La femme est un bandit.
 
L’œillade est une dette.
L’insolvabilité,
Volontaire, complète
Ce monstre, la beauté.
 
Craindre ceux qu’on captive !
Nous fuir et nous lier !
Être la sensitive
Et le mancenillier !
 
C’est trop. Aimez, madame.
Quoi donc ! quoi ! mon souhait
Où j’ai tout mis, mon âme
Et mes rêves, me hait !
 
L’amour nous vise. Certe,
Notre effroi peut crier,
Mais rien ne déconcerte
Cet arbalétrier.
 
Sachez donc, ô rebelle,
Que souvent, trop vainqueur,
Le regard d’une belle
Ricoche sur son cœur.
 
Vous pouvez être sûre
Qu’un jour vous vous ferez
Vous-même une blessure
Que vous adorerez.
 
Vous comprendrez l’extase
Voisine du péché,
Et que l’âme est un vase
Toujours un peu penché.
 
Vous saurez, attendrie,
Le charme de l’instant
Terrible, où l’on s’écrie :
Ah ! vous m’en direz tant !
 
Vous saurez, vous qu’on gâte,
Le destin tel qu’il est,
Les pleurs, l’ombre, et la hâte
De cacher un billet.
 
Oui, — pourquoi tant remettre ? —
Vous sentirez, qui sait ?
La douceur d’une lettre
Que tiédit le corset.
 
Vous riez ! votre joie
À Tout préfère Rien.
En vain l’aube rougeoie,
En vain l’air chante. Eh bien,
 
Je ris aussi ! Tout passe.
Ô muse, allons-nous-en.
J’aperçois l’humble grâce
D’un toit de paysan ;

L’arbre, libre volière,
Est plein d’heureuses voix ;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix ;

Et, jouant sous les treilles,
Un petit villageois
A pour pendants d’oreilles
Deux cerises des bois.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Ρеllеrin : Lа Ρеtitе Βеrgèrе

Sсаrrоn : Épitrе à Μоnsiеur Sаrаzin

Vеrlаinе : Τаntаlizеd

Vеrlаinе : Lеs Ιndоlеnts

Μаuсlаir : Légеndе : «Ιls l’оnt сlоuéе pаr lеs mаins...»

Vеrlаinе : Соllоquе sеntimеntаl

Βаnvillе : «Sсulptеur, сhеrсhе аvес sоin...»

☆ ☆ ☆ ☆

Lе Βrаz : Νосturnе

Βаudеlаirе : «Τu mеttrаis l’univеrs еntiеr dаns tа ruеllе...»

Jаmmеs : Lе sоlеil fаisаit luirе

Vеrlаinе : Lе Ρоètе еt lа Μusе

Lаutréаmоnt : «Jе сhеrсhаis unе âmе qui mе rеssеmblât...»

Βаudеlаirе : Lа Vоiх

Frаnс-Νоhаin : Sоlliсitudеs

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Ρеtitеs bоuсhеs (Αutrаn)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl еst сеlui qui vеut fаirе сrоirе dе sоi...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur Sоngе (Du Βеllау)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sisinа (Βаudеlаirе)

De Ρiеrrе Lаmу sur Μа Βоhèmе (Rimbаud)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sоnnеt аu Lесtеur (Μussеt)

De Τhundеrbird sur Sur un tоmbеаu (Τristаn L'Hеrmitе)

De Сurаrе- sur Сirсоnspесtiоn (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Sоlitudе (Siеfеrt)

De Сurаrе- sur Τhérаpеutiquе (Μénаrd)

De Jаdis sur Соmpаrаisоn du Ρhéniх (Jаmуn)

De Jаdis sur Stаnсеs sur mоn јаrdin dе Βоuсhеrvillе (Quеsnеl)

De Εsprit dе сеllе sur Ρоur un аmi (Sаintе-Βеuvе)

De Lеwis Ρ. Shаnks sur Lе Μаuvаis Μоinе (Βаudеlаirе)

De Τhundеrbird sur L’Éсlаtаntе viсtоirе dе Sаrrеbruсk (Rimbаud)

De Сurаrе- sur «Εllе а bеаuсоup dе l’аir d’unе аntiquе mаrоttе...» (Sigоgnе)

De Vinсеnt sur «Соmmе un соrps féminin...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Élеvеur sur Sоnnеt : «Ιl у а dеs mоmеnts оù lеs fеmmеs sоnt flеurs...» (Сrоs)

De Quеlсаin sur «Dаphné sе vit еn lаuriеr соnvеrtiе...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Ρlutоrquе sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Εsprit dе сеllе sur «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...» (Viаu)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе