Hugo

Les Contemplations (I), 1856


             
XXVIII


Il faut que le poète, épris d’ombre et d’azur,
Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,
Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,
Chanteur mystérieux qu’en tressaillant écoutent
Les femmes, les songeurs, les sages, les amants,
Devienne formidable à de certains moments.
Parfois, lorsqu’on se met à rêver sur son livre,
Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre,
Où l’âme, à chaque pas, trouve à faire son miel,
Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel ;
Au milieu de cette humble et haute poésie,
Dans cette paix sacrée où croît la fleur choisie,
Où l’on entend couler les sources et les pleurs,
Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs,
Volent chantant l’amour, l’espérance et la joie ;
Il faut que, par instants, on frissonne, et qu’on voie
Tout à coup, sombre, grave et terrible au passant,
Un vers fauve sortir de l’ombre en rugissant !
Il faut que le poète, aux semences fécondes,
Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes,
Pleines de chants, amour du vent et du rayon,
Charmantes, où, soudain, l’on rencontre un lion.
 

Paris, mai 1842.

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 8 avril 2016 à 15h51

De gallo et porco
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Le cochon et le coq, dans l’ombre et dans l’azur,
Savouraient le printemps, comme font les coeurs purs.
Ces deux esprits sereins et délivrés du doute
Depuis le matin frais suivaient la grande route.

Oubliant les beautés dont ils furent amants,
Ensemble ils ont passé d’agréables moments
Loin de leurs deux maisons qu’envahissent les livres
Et sans jamais entrer aux lieux où l’on s’enivre.

Comme l’abeille allant tout un jour sous le ciel,
Qui d’un peu de nectar, chaque jour, fait du miel,
Ils se sont satisfaits de quelques fleurs choisies
Pour nourrir, en ce jour, leur humble poésie.

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