Hugo

Les Chansons des rues et des bois, 1865


Choses écrites à Créteil


 
Sachez qu’hier, de ma lucarne,
J’ai vu, j’ai couvert de clins d’yeux,
Une fille qui dans la Marne
Lavait des torchons radieux.
 
Près d’un vieux pont, dans les saulées,
Elle lavait, allait, venait ;
L’aube et la brise étaient mêlées
À la grâce de son bonnet.
 
Je la voyais de loin. Sa mante
L’entourait de plis palpitants.
Aux folles broussailles qu’augmente
L’intempérance du printemps,
 
Aux buissons que le vent soulève,
Que juin et mai, frais barbouilleurs,
Foulant la cuve de la sève,
Couvrent d’une écume de fleurs,
 
Aux sureaux pleins de mouches sombres,
Aux genêts du bord, tous divers
Aux joncs échevelant leurs ombres
Dans la lumière des flots verts,
 
Elle accrochait des loques blanches,
Je ne sais quels haillons charmants
Qui me jetaient, parmi les branches,
De profonds éblouissements.
 
Ces nippes, dans l’aube dorée,
Semblaient, sous l’aulne et le bouleau,
Les blancs cygnes de Cythérée
Battant de l’aile au bord de l’eau.
 
Des cupidons, fraîche couvée,
Me montraient son pied fait au tour ;
Sa jupe semblait relevée
Par le petit doigt de l’amour.
 
On voyait, je vous le déclare,
Un peu plus haut que le genou.
Sous un pampre un vieux faune hilare
Murmurait tout bas : Casse-cou !
 
Je quittai ma chambre d’auberge,
En souriant comme un bandit ;
Et je descendis sur la berge
Qu’une herbe, glissante, verdit.
 
Je pris un air incendiaire,
Je m’adossai contre un pilier,
Et je lui dis : « Ô lavandière !
(Blanchisseuse étant familier)
 
« L’oiseau gazouille, l’agneau bêle,
« Gloire à ce rivage écarté !
« Lavandière, vous êtes belle.
« Votre rire est de la clarté.
 
« Je suis capable de faiblesses.
« Ô lavandière, quel beau jour !
« Les fauvettes sont des drôlesses
« Qui chantent des chansons d’amour.
 
« Voilà six mille ans que les roses
« Conseillent, en se prodiguant,
« L’amour aux cœurs les plus moroses.
« Avril est un vieil intrigant.
 
« Les rois sont ceux qu’adorent celles
« Qui sont charmantes comme vous ;
« La Marne est pleine d’étincelles ;
« Femme, le ciel immense est doux.
 
« Ô laveuse à la taille mince
« Qui vous aime est dans un palais.
« Si vous vouliez, je serais prince ;
« Je serais dieu, si tu voulais. — »
 
La blanchisseuse, gaie et tendre,
Sourit, et, dans la hameau noir,
Sa mère au loin cessa d’entendre
Le bruit vertueux du battoir.
 
Les vieillards grondent et reprochent,
Mais, ô jeunesse ! il faut oser.
Deux sourires qui se rapprochent
Finissent par faire un baiser.
 
Je m’arrête. L’idylle est douce,
Mais ne veut pas, je vous le dis,
Qu’au-delà du baiser on pousse
La peinture du paradis.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Hugо : À Viаndеn

Rоdеnbасh : «Lе brоuillаrd indоlеnt dе l’аutоmnе еst épаrs.....»

Sаint-Ρоl-Rоuх : L’Éсhо dе lа саvеrnе

Vеrhаеrеn : Lе Vеnt

Hеrеdiа : Épigrаmmе funérаirе

Vеrlаinе : «Lе sоlеil du mаtin dоuсеmеnt сhаuffе еt dоrе...»

Hugо : «Τоus lеs bаs âgеs sоnt épаrs...»

Саrсо : Ρlаintе

Μоréаs : «Jе sоngе à се villаgе аssis аu bоrd dеs bоis...»

Viviеn : Сhаir dеs сhоsеs

☆ ☆ ☆ ☆

Rоdеnbасh : «Lе brоuillаrd indоlеnt dе l’аutоmnе еst épаrs.....»

Lаfоrguе : Lеs Αmоurеuх

Rоnsаrd : «Dеdаns lеs flоts d’Αmоur је n’аi pоint dе suppоrt...»

Νоаillеs : Lа Сité nаtаlе

Sаintе-Βеuvе : «Dаns l’îlе Sаint-Lоuis, lе lоng d’un quаi désеrt...»

Соppéе : Lа Fаmillе du mеnuisiеr

Riсhеpin : Dаb

Klingsоr : Lе Ρоmmiеr tоrdu

Соppéе : Ρériоdе élесtоrаlе

Οrléаns : «Ρlus pеnsеr quе dirе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Vоus qui аuх bоis, аuх flеuvеs, аuх саmpаignеs...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Lе rоу s’еn еst аllé...» (Sсаrrоn)

De Jаdis sur «Lа plus bеllе dеs trоis sеrа...» (Μаrоt)

De Сосhоnfuсius sur «Lе mаl еst grаnd, lе rеmèdе еst si brеf...» (Rоnsаrd)

De Jоhаnn sur L’Éсhо dе lа саvеrnе (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Jаdis sur Lа Rоnсе еt lе sеrpеnt (Rоllinаt)

De Jаdis sur Villаnеllе du vеr dе tеrrе (Rоllinаt)

De Égо Viсtоr sur «Lаissе dе Ρhаrаоn lа tеrrе Égуptiеnnе...» (Rоnsаrd)

De Сurаrе- sur «Νоus nе fаisоns lа соur аuх fillеs dе Μémоirе...» (Du Βеllау)

De Μаriаnnе sur «Jе sоngе à се villаgе аssis аu bоrd dеs bоis...» (Μоréаs)

De Ιо Kаnааn sur Ρériоdе élесtоrаlе (Соppéе)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De Ιо Kаnааn sur Αrums dе Ρаlеstinе (Viviеn)

De Сurаrе- sur «Ô fоrmе quе lеs mаins...» (Viviеn)

De Сurаrе- sur Épitаphе (Νоuvеаu)

De Сurаrе- sur Μаzurkа (Νеlligаn)

De Сhristiаn sur «Се Μоndе, соmmе оn dit, еst unе саgе à fоus...» (Fiеfmеlin)

De Τhundеrbird sur Sur l’аrс-еn-сiеl (Drеlinсоurt)

De Τhundеrbird sur L’Αngе pâlе (Rоllinаt)

De Αdа еn Hérаldiе sur «Hélаs ! mеs tristеs уеuх sоnt сhаngés еn fоntаinеs...» (Βirаguе)

De Сhristiаn sur Αu lесtеur (Μurgеr)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе