Hugo

Les Chansons des rues et des bois, 1865



Ami, j’ai quitté vos fêtes.
Mon esprit, à demi-voix,
Hors de tout ce que vous faites,
Est appelé par les bois.
 
J’irai, loin des murs de marbre,
Tant que je pourrai marcher,
Fraterniser avec l’arbre,
La fauvette et le rocher.
 
Je fuirai loin de la ville
Tant que Dieu clément et doux
Voudra me mettre un peu d’huile
Entre les os des genoux.
 
Ne va pas croire du reste
Que, bucolique et hautain,
J’exige, pour être agreste,
Le vieux champ grec ou latin ;
 
Ne crois pas que ma pensée,
Vierge au soupir étouffé,
Ne sachant où prendre Alcée,
Se rabatte sur d’Urfé ;
 
Ne crois pas que je demande
L’Hémus où Virgile erra.
Dans de la terre normande
Mon églogue poussera.
 
Pour mon vers, que l’air secoue,
Les pommiers sont suffisants ;
Et mes bergers, je l’avoue,
Ami, sont des paysans.
 
Mon idylle est ainsi faite ;
Franche, elle n’a pas besoin
D’avoir dans son miel l’Hymète
Et l’Arcadie en son foin.
 
Elle chante, et se contente,
Sur l’herbe où je viens m’assoir,
De l’haleine haletante
Du bœuf qui rentre le soir.
 
Elle n’est point misérable
Et ne pense pas déchoir
Parce qu’Alain, sous l’érable,
Ôte à Toinon son mouchoir.
 
Elle honore Théocrite ;
Mais ne se fâche pas trop
Que la fleur soit Marguerite
Et que l’oiseau soit Pierrot.
 
J’aime les murs pleins de fentes
D’où sortent les liserons.
Et les mouches triomphantes
Qui soufflent dans leurs clairons ;
 
J’aime l’église et ses tombes,
L’invalide et son bâton ;
J’aime, autant que les colombes
Qui jadis venaient, dit-on,
 
Conter leurs métempsychoses
À Terpandre dans Lesbos,
Les petites filles roses
Sortant du prêche en sabots.
 
J’aime autant Sedaine et Jeanne
Qu’Orphée et Pratérynnis.
Le blé pousse, l’oiseau plane,
Et les cieux sont infinis.
 

25 juin 1859.

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