Ernest d’Hervilly

Le Harem


Sur les bords du Saubat


 

À Théophile Gautier


Ma maîtresse est très belle, et vaut cher ! Ses oreilles
Pendantes sur son col ont des anneaux de fer ;
Ses dents sont d’un beau jaune ; et ses lèvres pareilles
Au fruit du jujubier, semblent embrasser l’air.

Ses seins noirs et luisants, dressés sur sa poitrine,
Ont l’air de deux moitiés d’un boulet de canon ;
Au coin de son nez plat, passé dans la narine,
Pendille, et — c’est ma joie — un fragment de chaînon.

Ses cheveux courts, tressés, ont l’aspect de la laine ;
Sa prunelle se meut, noire sur un fond blanc,
Humide, transparent comme la porcelaine ;
Et son regard vous suit, placide, doux et lent.

Ses membres sont ornés de bracelets de graines
Éclatantes ; elle a des joyaux plus coquets :
Pour lui faire un manteau comme en portent les reines.
J’ai tué dans les bois plus de cent perroquets !

Moi seul l’ai tatouée, et moi seul sur sa joue
Ai peint en vermillon de bizarres oiseaux,
Ou bien, à l’ocre jaune, une charmante roue.
Chef grave, j’ai construit son ombrelle en roseaux !

Pour vos maigres tailleurs, j’ai gardé peu d’estime :
La peau d’un buffle noir enveloppe mes reins,
Et sur son cuir tanné j’inscris chaque victime
De ma zagaie, où flotte une touffe de crins !

Notre couple effrayant en tous lieux a la vogue ;
On le cite à la danse, au festin, au combat ;
Nul ne sait mieux que nous conduire une pirogue
Sur les flots encombrés de nasses du Saubat.

Ma négresse est mon dieu ! je l’avoue à voix basse ;
Et, quand j’ai vendu deux défenses d’éléphant,
Je lui verse du rhum à pleine calebasse ;
Et pendant qu’elle boit, je porte son enfant.

Alors, je suis heureux ! Je hurle en vrai sauvage !
Mes trois colliers de dents rendent un son hideux !
Je bondis ! et mon cœur ne voit plus le rivage
Où vit, en m’oubliant, une femme aux yeux bleus.
 

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