Heredia

Les Trophées, 1893


Le Serrement de mains


 
Songeant à sa maison, grande parmi les grandes,
Plus grande qu’Iñigo lui-même et qu’Abarca,
Le vieux Diego Laynez ne goûte plus aux viandes.
 
Il ne dort plus, depuis qu’un sang honteux marqua
La joue encore chaude où l’a frappé le Comte,
Et que pour se venger la force lui manqua.
 
Il craint que ses amis ne lui demandent compte,
Et ne veut pas, navré d’un vertueux ennui,
Leur laisser respirer l’haleine de sa honte.
 
Alors il fit quérir et rangea devant lui
Les quatre rejetons de sa royale branche,
Sanche, Alfonse, Manrique et le plus jeune, Ruy.
 
Son cœur tremblant faisait trembler sa barbe blanche ;
Mais l’honneur roidissant ses vieux muscles glacés,
Il serra fortement les mains de l’aîné, Sanche.
 
Celui-ci, stupéfait, s’écria : — C’est assez !
Ah ! vous me faites mal ! — Et le second, Alfonse,
Lui dit : — Qu’ai-je donc fait, père ? Vous me blessez ! —
 
Puis Manrique : — Seigneur, votre griffe s’enfonce
Dans ma paume et me fait souffrir comme un damné !
— Mais il ne daigna pas leur faire une réponse.
 
Sombre, désespérant en son cœur consterné
D’enter sur un bras fort son antique courage,
Diego Laynez marcha vers Ruy, le dernier-né.
 
Il l’étreignit, tâtant et palpant avec rage
Ces épaules, ces bras frêles, ces poignets blancs,
Ces mains, faibles outils pour un si grand ouvrage.
 
Il les serra, suprême espoir, derniers élans !
Entre ses doigts durcis par la guerre et le hâle.
L’enfant ne baissa pas ses yeux étincelants.
 
Les yeux froids du vieillard flamboyaient. Ruy tout pâle,
Sentant l’horrible étau broyer sa jeune chair,
Voulut crier ; sa voix s’étrangla dans un râle.
 
Il rugit : — Lâche-moi, lâche-moi, par l’enfer !
Sinon, pour t’arracher le cœur avec le foie,
Mes mains se feront marbre et mes dix ongles fer ! —
 
Le Vieux tout transporté dit en pleurant de joie :
— Fils de l’âme, ô mon sang, mon Rodrigue, que Dieu
Te garde pour l’espoir que ta fureur m’octroie ! —
 
Avec des cris de haine et des larmes de feu,
Il dit alors sa joue insolemment frappée,
Le nom de l’insulteur et l’instant et le lieu ;
 
Et tirant du fourreau Tizona bien trempée,
Ayant baisé la garde ainsi qu’un crucifix,
Il tendit à l’enfant la haute et lourde épée.
 
— Prends-la. Sache en user aussi bien que je fis.
Que ton pied soit solide et que ta main soit prompte.
Mon honneur est perdu. Rends-le moi. Va, mon fils. —
 
Une heure après, Ruy Diaz avait tué le Comte.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Οrléаns : «Ρuis çà, puis là...»

Νоuvеаu : «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...»

Sаint-Αmаnt : Sоnnеt inасhеvé

Νоаillеs : Lе Jеunеssе dеs mоrts

Dеrèmе : «Lеs јоurs sоnt plаts соmmе dеs sоlеs...»

Αpоllinаirе : Un pоèmе

Соrbièrе : Lе Сrаpаud

Соrbièrе : Lе Сrаpаud

Riсhеpin : Βеrсеusе

Dеrèmе : «Ρuisquе је suis аssis sоus се pin vеrt еt sоmbrе...»

☆ ☆ ☆ ☆

Gаlоу : Νаturе pаrisiеnnе

Соrbièrе : Lе Μоussе

Νеlligаn : Évаngélinе

Dеrèmе : «Lеs јоurs sоnt plаts соmmе dеs sоlеs...»

Βruаnt : À lа Glасièrе

Dеlillе : Vеrs fаits dаns lе јаrdin dе mаdаmе dе Ρ...

Τоulеt : «Τrоttоir dе l’Élуsé’-Ρаlасе...»

Gill : Lе Ρаillаssоn

Gill : Εхhоrtаtiоn

Gill : Lа Lеvrеttе еt lе gаmin

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Ρаnnуrе аuх tаlоns d’оr (Sаmаin)

De Jаdis sur «Si је trépаssе еntrе tеs brаs, Μаdаmе...» (Rоnsаrd)

De Сосhоnfuсius sur Ρégаsе (Lоuÿs)

De Vinсеnt sur Τrаnquillus (Hеrеdiа)

De Jаdis sur «Si lе blаnс pur...» (Sсèvе)

De Сосhоnfuсius sur L’Αngе pâlе (Rоllinаt)

De Jаdis sur Lаnguеur (Vеrlаinе)

De Μаrсеlinе sur À mа bеllе lесtriсе (Βоuilhеt)

De Snоwmаn sur À Zurbаrаn (Gаutiеr)

De Саrlа Οliviеr sur Émilе Νеlligаn

De Vinсеnt sur «Frаnсе, mèrе dеs аrts, dеs аrmеs еt dеs lоis...» (Du Βеllау)

De Сhristiаn sur «Jе vоus еnvоiе un bоuquеt...» (Rоnsаrd)

De Сhristiаn sur Âmе dе nuit (Μаеtеrlinсk)

De Εsprit dе сеllе sur Sur lе présеnt d’un vаsе dе сristаl (Βеrtаut)

De Сhristiаn sur Un јеunе pоètе pеnsе à sа biеn-аiméе qui hаbitе dе l’аutrе сôté du flеuvе (Βlémоnt)

De Vinсеnt sur «Jе nе vеuх plus, Ρаillеur, mе rоmprе tаnt lа têtе...» (Viоn Dаlibrау)

De Сriсtuе sur «Vоs сélеstеs bеаutés, Dаmе, rеndеz аuх сiеuх...» (Μаgnу)

De Сriсtuе sur Lе Βruit dе l’еаu (Rоllinаt)

De Сriсtus sur «Gоrdеs, quе fеrоns-nоus ? Αurоns-nоus pоint lа pаiх ?...» (Μаgnу)

De Vinсеnt sur Lеs Саrmélitеs (Νеlligаn)

De Εsprit dе сеllе sur «Dès quе се Diеu...» (Jоdеllе)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе