Charles Guérin

Le Cœur solitaire, 1898



 
L’amour nous fait trembler comme un jeune feuillage,
Car chacun de nous deux a peur du même instant.
« Mon bien-aimé, dis-tu très bas, je t’aime tant...
Laisse... Ferme les yeux... Ne parle pas... Sois sage... »
 
Je te devine proche au feu de ton visage.
Ma tempe en fièvre bat contre ton cœur battant.
Et, le cou dans tes bras, je frissonne en sentant
Ta gorge nue et sa fraîcheur de coquillage.
 
Écoute au gré du vent la glycine frémir.
C’est le soir ; il est doux d’être seuls sur la terre,
L’un à l’autre, muets et faibles de désir.
 
D’un baiser délicat tu m’ouvres la paupière ;
Je te vois, et, confuse, avec un long soupir,
Tu souris dans l’attente heureuse du mystère.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 19 mars 2020 à 12h18

Habit de calcaire
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Loin de la Normandie et de ses verts feuillages,
Sur la grève sans fin je m’arrête un instant ;
Les soucis quotidiens ne m’importent plus tant,
Je les laisse dormir, ainsi que fait un sage.

La brise du Ponant caresse mon visage,
Le son de l’Océan berce mon coeur battant ;
Qu’est-ce qui dans ce jour serait plus important
Que d’aller admirer différents coquillages ?

Je n’entends pas au loin les voilures frémir,
Mais je pense aux marins éloignés de leur terre,
Je sais que le retour est leur plus grand désir.

Le soleil d’Armorique inonde mes paupières,
Un oiseau pousse un cri qui me semble un soupir ;
Je médite en silence, assis sur une pierre.

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