Théophile Gautier

La Comédie de la Mort, 1838


Versailles

1837


Versailles, tu n’es plus qu’un spectre de cité ;
Comme Venise au fond de son Adriatique,
Tu traînes lentement ton corps paralytique,
Chancelant sous le poids de ton manteau sculpté.
 
Quel appauvrissement ! quelle caducité !
Tu n’es que surannée et tu n’es pas antique,
Et nulle herbe pieuse au long de ton portique
Ne grimpe pour voiler ta pâle nudité.
 
Comme une délaissée, à l’écart, sous ton arbre,
Sur ton sein douloureux croisant tes bras de marbre,
Tu guettes le retour de ton royal amant.
 
Le rival du soleil dort sous son monument ;
Les eaux de tes jardins à jamais se sont tues,
Et tu n’auras bientôt qu’un peuple de statues.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 26 novembre 2012 à 10h21

Les parcs et les châteaux peuvent ressusciter.
Sitôt que le passant les trouve sympathiques,
On en reconstitue les gazons, les portiques
Et les chemins bordés de beaux portraits sculptés.

Des visiteurs venus d’innombrables cités,
Les gens de l’Outre-Manche et de l’Outre-Atlantique,
Et ceux des bords du Rhin et de l’Adriatique
Viennent en rangs serrés pour voir et visiter.

Une foule joyeuse, à l’ombre de tes arbres
Écoute la chanson des fontaines de marbre ;
Plus d’une belle femme y conduit son amant.

Même si ce pays a d’autres monuments,
Ta gloire et ton renom toujours se perpétuent,
Et nous aimons flâner sous l’oeil de tes statues.

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