Georges Fourest

La Négresse blonde, 1909


Phèdre


 

    Dans un fauteuil doré, Phèdre tremblante et blême,
Dit des vers où d’abord personne n’entend rien.
Le duc de Nevers.


Dans un fauteuil en bois de cèdre
(à moins qu’il ne soit d’acajou),
en chemise, madame Phèdre,
fait des mines de sapajou.
 
Tandis que sa nourrice Oenone
qui jadis eut de si bon lait
se compose un maintien de nonne
et marmonne son chapelet,
 
elle fait venir Hippolyte,
fils de l’amazone et de son
époux, un jeune homme d’élite,
et lui dit : « Mon très cher garçon,
 
« dès longtemps, d’humeur vagabonde,
monsieur votre père est parti ;
on dit qu’il est dans l’autre monde ;
il faut en prendre son parti !
 
« Sans doute un marron sur la trogne
lui fit passer le goût du pain ;
requiescat ! il fut ivrogne,
coureur et poseur de lapin ;
 
« oublier cet époux volage
ne sera pas un gros péché !
Donnez-moi votre pucelage
et vous n’en serez pas fâché !
 
« Vois-tu ma nourrice fidèle
qu’on prendrait pour un vieux tableau ?
elle nous tiendra la chandelle
et nous fera bouillir de l’eau !
 
« Viens, mon chéri, viens faire ensemble
dans mon lit nos petits dodos !
Hein ! petit cochon, que t’en semble,
du jeu de la bête à deux dos ? »
 
À cette tirade insolite,
ouvrant de gros yeux étonnés,
comme un bon jeune homme Hippolyte
répondit, les doigts dans le nez :
 
« Or çà ! belle-maman, j’espère
que vous blaguez, en ce moment !
Moi, je veux honorer mon père
afin de vivre longuement ;
 
« à la cour brillante et sonore
il est vrai que j’ai peu vécu ;
mais je doute qu’un fils honore
son père en le faisant cocu !
 
« Vos discours, femelle trop mûre,
dégoûterais la Putiphar !
Prenez un gramme de bromure
avec un peu de nénuphar !... »
 
Sur quoi, faisant la révérence,
les bras en anses de panier,
il laisse la dame plus rance
que du beurre de l’an dernier.
 
« Eh ! va donc, puceau phénomène !
Va donc, châtré, va donc, salop,
Va donc, lopaille à Théramène !
Eh ! va donc t’amuser, Charlot !... »
 
Comme elle bave de la sorte
de fureur et de rut, voilà
qu’un esclave frappe à sa porte :
« Madame, votre époux est là !
 
« Théseus, c’est Théseus ! il arrive !
C’est lui-même : il monte à grands pas ! »
Venait-il de Quimper, de Brive,
d’Honolulu ! je ne sais pas,
 
mais il entre, embrasse sa femme,
la rembrasse en mari galant ;
aussitôt la carogne infâme
pleurniche, puis d’un ton dolent :
 
« Monsieur, votre fils Hippolyte,
avec tous ces grands airs bigots,
et ses mines de carmélite,
est bien le roi des saligots !
 
« Plus de vingt fois, sous la chemise
le salop m’a pincé le cul
et, passant la blague permise,
volontiers vous eût fait cocu :
 
« il ardait comme trente Suisses,
et (rendez grâce à ma vertu)
si je n’avais serré les cuisses,
Votre honneur était bien foutu !... »
 
Phèdre sait compter une fable
(tout un chacun le reconnaît)
son discours parut vraisemblable
si bien que le pauvre benêt
 
de Théseus promis à Neptune
un cierge (mais chicodondard !)
un gros cierge d’au moins une thune
pour exterminer ce pendard !
 
Pauvre Hippolyte ! Un marin monstre
le trouvant dodu le mangea,
puis le digéra, ce qui monstre
(mais on le savait bien déjà!)
 
qu’on peut suivre, ô bon pédagogue,
avec soin le commandement
quatrième du décalogue
sans vivre pour ça longuement !
                           

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Hеrvillу : Ρuérilités

Dеsfоrgеs-Μаillаrd : Lе Τаbас

Μеndès : Lе Rоssignоl

Αntоinе dе Νеrvèzе

Νеrvаl

Viеlé-Griffin : «Dоrmir еt rirе d’аisе...»

Hugо : Lе Μеndiаnt

Lаhоr : Οurаgаn nосturnе

Lаhоr : Dаnsе mасаbrе

Vаlérу : Luхuriеusе аu Βаin

☆ ☆ ☆ ☆

Lе Ρеtit : Αu Lесtеur сuriеuх

Dеsbоrdеs-Vаlmоrе : Αllеz еn pаiх

Сrоs : Siх tеrсеts

Hugо : Βêtisе dе lа guеrrе

Hugо : Lе Sасrе dе lа Fеmmе

Сrоs : Βеrсеusе : «Ιl у а unе hеurе bêtе...»

Hugо : Сrépusсulе

Lаhоr : Lе Μуstèrе

Lаhоr : Réminisсеnсеs

Vаlérу : L’Εnсhеmiséе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «À lа sаintе, mаrtуrе еt viеrgе...» (Lе Μоuël)

De Сосhоnfuсius sur «Si еn pаrtаnt, sеul vоus m’аvеz lаissé...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Μаriа sur «Αprès unе јоurnéе dе vеnt...» (Rilkе)

De Сосhоnfuсius sur Lа Сhimèrе (Lоrrаin)

De Vinсеnt sur «Αu prеmiеr trаit, quе mоn œil rеnсоntrа...» (Τуаrd)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De vinсеnt sur «Ν’еs-tu lаssе, аussi, dе rêvеr d’hiеr ?...» (Viеlé-Griffin)

De Lа Μusérаntе sur L’Éсhеllе (Αutrаn)

De Vinсеnt sur Lа Grеnоuillе blеuе (Fоrt)

De L’аmоr sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ρiеrrоt sur Sоnnеt à lа nuit (Rоllinаt)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De ΒiΒ lа bаlеinе sur «Quаnd је tе vis еntrе un milliеr dе Dаmеs...» (Βаïf)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

De Сrаpаudinе sur Splееn : «Μеs intimеs dоulеurs...» (Ο'Νеddу)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur Sоnnеt fоutаtif (Lе Ρеtit)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur À Сhаrlеs dе Sivrу (Vеrlаinе)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur «Αimе, si tu lе vеuх, је nе l’еmpêсhе pаs...» (Viоn Dаlibrау)

De riс(h)аrd sur Lеs Соnquérаnts (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе