Franc-Nohain

Les Chansons des trains et des gares


Les Épingles


 
Ah ! dans la tête des épingles,
Qui dira les désirs fous, les rêves ardents,
Et tout ce qui se passe dans
Leurs méninges, —
 
Ah ! les pensers que roulent dans leur tête les épingles !
 
Et d’abord toutes, les épingles, assurément,
N’ont pas le même tempérament,
Et il faudrait, suivant les méthodes certaines
De notre Taine,
Il conviendrait qu’en une étude,
On tint un compte sérieux
Des différences de milieu,
D’éducation, de genre de vie, et d’habitudes :
 
J’en sais qu’en de sombres orgies
Emploie
Tel cynique vieillard, chercheur d’étranges joies,
— Un sénateur peut-être, ou quelque homme de loi,
Voilà les gens par qui notre France est régie ! —
Mais glissons sans dire pourquoi ;
Épingles des sombres orgies ! —
 
Combien plus calme, et la tête assagie,
Celle qui se consacre à l’entomologie :
Et comme je l’aime davantage,
L’autre vieillard, le bon vieillard qui va,
Avec son complet d’alpaga,
Son filet, et son panama,
Parmi les champs et les bocages,
Courant après, à travers prés,
Les beaux papillons diaprés...
Épingle, ton dard acéré,
Entre ses mains, sans doute, aura plus digne usage :
Car l’on te confiera la mission austère
De piquer des coléoptères ; —
À moins que le vieil entomologiste, bon apôtre,
— Pffft !...
Sait-on jamais avec les entomologistes ? —
Rentré chez lui, fasse des saletés, comme les autres...
Épingles, épingles, si j’insiste,
Ce n’est pas qu’à vos mœurs j’en impute la faute ;
Mais voyez-vous, on a beau avoir une tête,
 
Qu’il est donc malaisé de demeurer honnête !
 
Pourtant il est des épingles plus chastes,
Au corsage discret de blondes ouvrières,
De celles-là qui s’habillèrent, —
Elle est terrible aux retardataires, cette Première ! —
Qui s’habillèrent à la hâte,
Et même à la six quatre
Trois :
— Monsieur ! Monsieur, à bas les pattes !
Vous allez vous piquer les doigts ! —
Au corsage des ouvrières blondes et chastes,
Épingles, gardiennes vigilantes
De poitrines très opulentes
Ou très plates...
(Les gens entreprenants ont des goûts disparates.)
 
Épingles aussi des tutus,
Épingles, dragons de vertu !
 
Et toutes ont dit aux aiguilles,
D’un air de compassion un peu blessante :
— Comme nous vous plaignons ! la nature méchante
Ne vous a pas donné de tête, pauvres filles !
Ah ! comme vous devez souffrir :
Vous ne saurez pas découvrir
Les fleurs de la science au milieu de ses ronces ;
Vous ne pouvez pas réfléchir,
 
L’œuvre de Monsieur de Voguë vous reste absconse... —
 
Les aiguilles, sans faire attendre leur réponse,
Et d’un petit ton aigre-doux :
— Mon Dieu, chères, de vous à nous,
Incomplètes pour incomplètes,
Certes, nous déplorons de n’avoir pas de tête,
 
Mais, du moins, nous avons un trou.
 

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