Franc-Nohain

Les Chansons des trains et des gares


La Ménagerie amoureuse


 
Petite pluie, pluie fine des soirs,
Ma luxurieuse mauvaise conseillère :
Je n’ai pas allumé la lampe familière,
J’ai fui la page blanche, — et j’erre
Par les rues et sur les trottoirs,
— Ombres noires,
Sous les réverbères,
Appels tentateurs et pervers, —
Petite pluie, pluie fine des soirs,
Ma luxurieuse mauvaise conseillère...
 
Et la voix de dames âgées, mais provocantes,
— Blondes grasses ou brunes piquantes :
Bacchantes ! —
La voix de ces dames poursuit
Ma promenade dans la nuit.
 
Encor que leurs propos m’assurent
D’une sympathie qui me flatte,
Je constate
Qu’elles ont des données bien inexactes
Sur
La couleur de ma chevelure ;
 
Bah ! il n’y a pas injure.
 
Mais où leur incohérence passait les bornes,
C’est quand ces aimables personnes
Ont voulu, bon gré, mal gré,
Plutôt mal,
Ont voulu me comparer
À quelque mignon animal :
Rat, chat, lapin, poulet, ça leur était égal.
(D’ailleurs, lapin bleu, poulet rose,
On voyait bien qu’elles parlaient sans cause,—
Uniquement pour dire quelque chose.)
 
Et j’ai dit : — Non, je ne suis pas
Votre rat :
Les rats sont dans votre cuisine,
Qui, des bons reliefs de vos plats
Vont se pourlécher les babines ; —
 
Ou bien, au grenier, ils dansent autour des malles,
Et même, je vous prie de le croire, ne respectent guère
Le portrait, dont on a cassé d’ailleurs le verre,
Et dont est fort endommagé le cadre ovale,
Le portrait, en uniforme de colonel,
Du vieux Monsieur que vous donniez naguère,
— Mais vos opinions ont changé sur l’Affaire :
Elles
Étaient, je crois, superficielles, —
Que vous donniez pour Monsieur votre Père...
Non, Madame, je ne suis pas
Votre rat ! —
 
Et j’ai dit : — Non, je ne suis pas
Votre chat :
(D’un mot à double sens est-il donc bien la peine,
Dont la banalité le dispute à l’obscène, —
Et puis où sont
Où sont les sisters Barrisson ? —)
Non, Madame, je ne suis pas
Votre chat ! —
 
Et j’ai dit : — Non plus le destin
Ne m’a pas fait votre lapin,
Et veuillez, non plus, s’il vous plaît,
Ne m’appeler votre poulet :
Parmi le serpolet, le thym,
Dans les clairières,
Laissez dormir jusqu’au matin,
Au clair de lune, les lapins,
Rangés en rond sur leurs petits derrières ; —
Et laissez, combien loin des foules,
Et de tous ces fiacres, qui roulent,
Et laissez, sans les éveiller,
Tous les poulets au poulailler,
Endormis, depuis très longtemps, comme des poules...
Non je ne suis, Mesdames, s’il vous plaît,
Ni votre lapin, n’est-ce pas, ni votre poulet ! —
 
Et chacune des dames mûres,
Mais cette fois toutes d’accord sur le même mot,
Murmurent
Le nom d’un animal nouveau :
 
— Veau ! —
 
Petite pluie, pluie fine des soirs,
Ma luxurieuse mauvaise conseillère...
 

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