Tristan Derème

La Flûte fleurie, 1913



Puisque dans cette chambre où l’amour triompha
des guirlandes de fleurs meurent sur le sofa
et que ton pauvre cœur jaunit avec les roses,
épargne à ta douleur les visions moroses
de tout ce qui se fane et passe comme toi ;
et ta pipe dorant jusqu’aux poutres du toit
enferme ces bouquets au coffre que tu plombes.
 
Le ciel est gris comme les ailes des palombes ;
et l’air plus frais que les cheveux que tu mordais
balance doucement les plats à barbe des
coiffeurs et les lilas qui pendent des murailles.
 
Ton misérable cœur chante les funérailles
et tu pleures les yeux qui ne te verront plus.
Et pourtant tu dansais sous les saules feuillus,
les oiseaux gazouillaient dans le parfum des branches
et toi tu poursuivais dans les halliers de blanches
filles et tu marquais leur bouche à belles dents.
Mais maintenant craintif tu cherches, les pieds dans
la rigole, le vol des cigognes lointaines.
Le bonheur a coulé comme l’eau des fontaines
et tu n’as plus que des fleurs sèches dans les doigts,
toi qui voulais quand les bourgeons perçaient le bois
entasser des moissons de roses dans ta grange.
 
Le passé comme un vieux décor déjà s’effrange.
Mets ton lorgnon. Ferme tes ailes de moineau
et pleure en écoutant ce triste piano
qui réveille ton cœur plein d’ariettes grêles...
 
Les beaux jours ont passé comme des tourterelles...
 

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