Tristan Derème

Poème des colombes


Prélude «Tu reviens, seul encore et triste ; quel retour !»


 
Tu reviens, seul encore et triste ; quel retour !
Tu chantais, tu partais pour l’aventure, pour
L’amour. C’était une autre année, où les feuillages
Étaient plus doux, où t’appelant aux longs voyages
L’air du large comme un désir sonnait du cor.
La terre, l’eau, l’azur n’étaient plus qu’un décor
Magnifique pour les triomphes de ta vie ;
Et tu dansais, foulant la route qu’ont suivie,
Par les siècles, les jeunes hommes dont le cœur
Était ivre ; et, comme eux, ayant bu la liqueur
Du monde, tu pefisais que la route était neuve
Où tant de pas avaient sonné ; mais l’eau du fleuve
Et l’eau des jours, d’un cours égal, emportent vers
L’automne ta jeunesse avec les rameaux verts ;
Et vainement le soir fait tournoyer aux portes,
Toujours closes, tes espérances, feuilles mortes
Sous la lune. Maudis l’azur ; montre aux destins
Cette grêle acharnée aux rêves, tes matins
Sans lumière, tes greniers vides ; pleure, crie,
Et traqué ne sois plus qu’une bête meurtrie
Qu’épouvantent la nuit, le tonnerre et le vent.
Mais, tes larmes, tu sais les vaincre, et soulevant
Ta peine, le cœur triste à mourir, tu t’appuies
Au troène, pareil à l’arbre dont les pluies
Ont arraché les fleurs vaines ; mais ses rameaux
Reverdissent encore, et toi, malgré tes maux,
Malgré les jours perdus et la mort qui te presse,
Malgré l’ombre qui monte et malgré ta détresse,
Ta chair blessée et les tourments de ton esprit,
Voici ton douloureux visage qui sourit.
 

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