Tristan Derème

La Flûte fleurie, 1913



À John Middleton Murry.


Maisons rouges, pavés brûlés, feuillages bleus...
L’aveugle aux yeux d’opale embrasse un chien galeux
Dans ses cheveux graisseux brillent des bouts de paille
Et sa tasse en fer-blanc secoue un sou d’Espagne.
Un enfant au ruisseau traîne un bouc égorgé.
Des filles en riant poussent vers le marché
Des monceaux de lilas rose dans des brouettes.
L’odeur des piments frits flotte dans les ruelles,
Et les chiens dorment noirs de mouches. Sur les quais
De jaunes matelots vendent des perroquets
Violets, de l’ivoire et des plumes d’autruche.
L’étal d’un charcutier verse un parfum de truffe,
Et des bergers sentant la brebis et le suif
Portent du lait tourné dans des outres de cuir.
Les faisans corrompus, les viandes en conserve
Chargent l’air et là-bas, jailli d’une caserne,
Un long cri de clairon monte comme un jet d’eau.
Et pourtant c’est ici qu’une nuit, doux fardeau,
Je t’emportai sur mes épaules, sous les lampes
Des carrefours, sous les étoiles en guirlandes,
Sous les chauves-souris et la lune, à travers
Ces ruelles, loin de l’auberge aux carreaux verts,
Où tu dansais avec des feuilles à ton peigne
Sous un voile léger comme une aile d’abeille,
Où tu dansais parmi le rhum et les citrons,
Dans les cris, dans l’azur des pipes, les jurons
Des bateliers, des colporteurs et des manœuvres ;
Où tu dansais en déchirant des roses neuves
Sous les quatre flambeaux de résine et de poix
Qui rougissaient les murs et les tables de bois ;
Où tu dansais tordant ta chevelure rousse,
Sur la terre où giclaient des flaques de vin rouge.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Du Βеllау : «Jе nе tе priе pаs dе lirе mеs éсrits...»

Hugо : L’Αutrе

Αlbеrt-Βirоt : «Οui lе sоnnеt n’а quе quаtоrzе vеrs...»

Αlbеrt-Βirоt : Сhrоniquе : сhеz Ρаul Guillаumе

☆ ☆ ☆ ☆

Durаnd : «Βеаuх уеuх, qui rесélеz tаnt dе trаits еt dе fеuх...»

Hugо : L’Αutrе

Cоmmеntaires récеnts

De Frаnçоis С. sur «Lе viеrgе, lе vivасе еt lе bеl аuјоurd’hui...» (Μаllаrmé)

De nе mbоmа sur Αprès lа сlаssе (Hаrdу)

De Jасquеs Rоubаud sur «Οn m’а mis аu соllègе (оh ! lеs pаrеnts, с’еst lâсhе !)...» (Νоuvеаu)

De Сеltоmаniаquе sur «Lе miсrоbе : Βоtulinus...» (Τоulеt)

De Stеphеn Βiеnаrmé sur Lе Τоmbеаu dе Сhаrlеs Βаudеlаirе (Μаllаrmé)

De Jаdis sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ρаul-Jеаn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn)

De X. sur Splееn : «Τоut m’еnnuiе аuјоurd’hui. J’éсаrtе mоn ridеаu...» (Lаfоrguе)

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De GΑRΟUX Сhristiаnе sur Virgilе (Βrizеuх)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе