Lucie Delarue-Mardrus


La Pomme


 
L’odeur de mon pays était dans une pomme.
Je l’ai mordue avec les yeux fermés du somme,
Pour me croire debout dans un herbage vert.
L’herbe haute sentait le soleil et la mer,
L’ombre des peupliers y allongeait des raies,
Et j’entendais le bruit des oiseaux, plein les haies,
Se mêler au retour des vagues de midi.
Je venais de hocher le pommier arrondi,
Et je m’inquiétais d’avoir laissé ouverte
Derrière moi, la porte au toit de chaume mou...
 
Combien de fois, ainsi, l’automne rousse et verte
Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,
Manger, les yeux fermés, la pomme rebondie
De tes prés, copieuse et forte Normandie ?...
Ah ! je ne guérirai jamais de mon pays !
N’est-il pas la douceur des feuillages cueillis
Dans leur fraîcheur, la paix et toute l’innocence ?
 
Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?...
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 26 avril 2022 à 12h15

Malédiction d’un fruit
-----------

La noirceur de la Faute était dans une pomme,
De quoi nous transformer en valets de l’Enfer ;
Ce reptile abrité par le feuillage vert
Il est de ces seigneurs qu’avec crainte l’on nomme.

Adam parfois l’avait rencontré, dans un somme,
Il tremblait à la vue de cet être pervers ;
Il t’avait imploré, Maître de l’Univers,
Afin de conjurer cet ennemi de l’homme.

Mais la pomme était belle, et ce fruit fut cueilli,
À nous en préserver les anges ont failli ;
C’en est fait de notre âme et de son innocence.

Cependant, nous avons épargné le serpent ;
Nous avons laissé fuir cet animal rampant,
Car déjà nous savons pardonner les offenses.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 1er mai 2023 à 21h25

Les anges planent
-----------------

Au temps où fut croquée la pomme,
Chantèrent les Anges d’Enfer ;
Mais d’autres furent moins pervers,
Ceux-là qu’« Anges du Ciel » tu nommes.

Le triste exilé fit un somme,
Il revit les feuillages verts ;
Il retrouva son univers,
Ce coupable, Adam, ce pauvre homme.

Par la suite, il se recueillit,
Comprenant qu’il avait failli ;
Il a perdu sa langue, il pense.

Il n’accuse pas le serpent,
Mais son propre désir rampant ;
D’un ange il entend le silence.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 25 novembre 2024 à 12h10

Pomme grise
--------

Moi, je n’ai rien fait, dit la pomme,
Je n’irai donc pas en enfer ;
Un fruit n’a nul penchant pervers,
Jamais pécheurs on  ne nous nomme.

Toujours nous restons où nous sommes;
Ceux qui sont mûrs, ceux qui sont verts ;
La branche, c’est notre univers,
De haut nous regardons les hommes.

Aussitôt qu’il nous  a cueillis,
L’homme est de désirs assailli,
Car c’est à son plaisir qu’il pense.

Pas même besoin d’un serpent
Pour pervertir ce sacripant ;
Sa soif de mal faire est immense.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Jadis le 12 décembre 2024 à 23h37


Délirium
-----------

C’était je ne sais où, dans ce bled que l’on nomme
Péronne ou Montdidier, quelque part dans la Somme,
Donc à Pétaouchnok ou au diable Vauvert ;
D’ailleurs, c’était, qui sait, peut-être à Saint-Omer ?
Bref, on s’en fout. Au fond d’une bambouseraie
(Anduze alors, bien sûr, et plutôt que La Haye)
‒ En tout cas, c’était par un bel après-midi
(Ou peut-être un beau soir, pardon, je confondis).
Le ciel était tout bleu, et la flotte était verte,
L’eau paisible brassait doucement ses remous,
On se serait cru chez Nature & Découvertes.
Or, s’élevant soudain d’un bosquet de bambous
(Ou d’hibiscus, après enquête approfondie
Et avoir ausculté mon encyclopédie),
Parmi quelques dévots chantant l’Agnus Dei,
Étrange et déchirant, un grand cri a jailli,
Troublant leurs oraisons, non sans quelque indécence :

Ah ben merci, les gars, bravo, vive la France !

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаïf : Ρsаumе СXXΙ

☆ ☆ ☆ ☆

Сlаudеl : Ρеnséе еn mеr

Μаllаrmé : Βrisе mаrinе

Βаïf : Ρsаumе СXXΙ

Sullу Ρrudhоmmе : Lа Сhаnsоn dе l’аir

Cоmmеntaires récеnts

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De Βеаudеlаirе sur Βаudеlаirе

De Lе Gаrdiеn sur Virgilе (Βrizеuх)

De Jаdis sur Сrépusсulе (Соppéе)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

De Rigаult sur Αgénоr Αltаrосhе

De Jоël Gауrаud sur Αvе, dеа ; Μоriturus tе sаlutаt (Hugо)

De Huguеs Dеlоrmе sur Sоnnеt d’Αrt Vеrt (Gоudеzki)

De Un pоilu sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Lе соmiquе sur Μаdrigаl tristе (Βаudеlаirе)

De Сhаntесlеr sur «Sur mеs vingt аns, pur d’оffеnsе еt dе viсе...» (Rоnsаrd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе