Charles Cros

Le Coffret de santal, 1873


Morale


 

Pour le tombeau de Théophile Gautier


Orner le monde avec son corps, avec son âme,
Être aussi beau qu’on peut dans nos sombres milieux,
Dire haut ce qu’on rêve et qu’on aime le mieux,
C’est le devoir, pour tout homme et pour toute femme.
 
Les gens déshérités du ciel, qui n’ont ni flamme
Sous le front, ni rayons attirants dans les yeux,
S’effarant de tes bonds, lion insoucieux,
T’en voulaient. Mais le vent moqueur a pris leur blâme.
 
La splendeur de ta vie et tes vers scintillants
Te défendent, ainsi que les treize volants
Gardent rose, dans leurs froufrous, ta Moribonde.
 
Elle et toi, jeunes, beaux, pour ceux qui t’auront lu
Vous vivrez. C’est le prix de quiconque a voulu
Avec son corps, avec son âme orner le monde.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 18 décembre 2012 à 10h30

Avec quoi, beau rimeur, sinon avec ton âme,
Orneras-tu les murs de tes sombres milieux ?
Pour enchanter les mots, ce que l’on fait de mieux,
C’est le coeur palpitant d’un homme ou d’une femme.

Ainsi, tous les matins, tu entretiens la flamme ;
Tu vois l’alexandrin surgir devant tes yeux,
Cependant que ton front demeure insoucieux,
N’étant accoutumé à s’adresser un blâme.

Même si l’univers est parfois désolant,
Tu sais le célébrer, de ton verbe volant,
Ta langue n’étant point, dans ton bec, moribonde.

J’ai souri à tes vers lorsque je les ai lus,
Et rempli d’ambition, un beau jour, j’ai voulu
Devenir à mon tour un barde en ce bas monde.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 23 juillet 2014 à 10h14

Avec quoi, beau rimeur, sinon avec ton âme,
Orneras-tu les murs de tes sombres milieux,
Pour enchanter les mots, ce que l’on fait de mieux,
C’est le coeur palpitant d’un homme ou d’une femme.

Ainsi, tous les matins, tu entretiens la flamme ;
Tu vois l’alexandrin surgir devant tes yeux,
Cependant que ton front demeure insoucieux,
N’étant accoutumé à s’adresser un blâme.

Même si l’univers est parfois désolant,
Tu sais le célébrer, de ton verbe volant,
Ta langue n’étant point, dans ton bec, moribonde.

J’ai souri à tes vers lorsque je les ai lus,
Et rempli d’ambition, à mon tour, j’ai voulu
Tâcher de devenir un barde en ce bas monde.

[Lien vers ce commentaire]

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