Charles Cros

Le Coffret de santal, 1873


Mémento


 

À Michel Eudes.


Les êtres trépignants, amoureux de l’utile,
Passent le temps fuyard à des combinaisons
D’actions au porteur, de canaux, de maisons
De commerce, où leur sens s’éteint ou se mutile.
 
D’autres ont ici-bas un but aussi futile,
Fabriquant des tableaux, des vers, des oraisons,
Cela, pour que leur nom, durant quelques saisons,
Près des noms des chevaux vainqueurs au turf, rutile.
 
Vous avez pris la vie autrement. Vous pensez
Que l’agitation incessante, illusoire,
N’est pas œuvre de dieu, mais rôle d’infusoire.
 
À rire en plein soleil croyez bien dépensés
Les lugubres instants d’un monde provisoire,
Et n’enlaidissez pas comme les gens sensés.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 4 février 2013 à 10h27

  L’homme à ses lendemains ne cesse de penser,
     Cette façon de faire est probablement vaine.
     L’avenir dosera les bonheurs et les peines,
     Mais respecter nos plans, il en est dispensé.

     Comme César disant que les dés sont lancés,
     Je poursuis mon chemin sans savoir où il mène.
     César a dit aussi que l’erreur est humaine
     Quand par ses bons amis son corps fut transpercé.

     Feuille qui sur sa branche à l’automne demeure,
     Est-ce pour quelques jours, est-ce pour quelques heures,
     Le vent venu du Nord n’en sait lui-même rien.

     J’écris mes mots du jour, selon que vient la brise.
     Ma plume est quelquefois la première surprise
     De voir ce que produit son parcours quotidien.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 14 juin 2019 à 13h11

Moine d’azur
--------------

Heureux d’écrire un vers auquel il a pensé,
Il a presque perdu le goût des choses vaines ;
Le Fils du Charpentier mit un terme à ses peines,
De prier, cependant, il n’est point dispensé.

Quand il était plus jeune, il voulait se lancer
Au pénible sentier qui vers la gloire mène ;
Mais il n’éprouve plus cette faiblesse humaine,
Il n’achèvera point le rêve commencé.

Ce moine tout un jour en cellule demeure,
Dans sa sérénité ne comptant pas les heures,
Jusqu’à ne plus savoir s’il est lui-même, ou rien.

Il aime déchiffrer le jargon de la brise.
Dont assez fréquemment fut son âme surprise,
Et puis il se nourrit de son pain quotidien.

[Lien vers ce commentaire]

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