Tristan Corbière

[Poèmes retrouvés]


Paris diurne


 
Vois aux cieux le grand rond de cuivre rouge luire,
Immense casserole où le Bon Dieu fait cuire
La manne, l’arlequin, l’éternel plat du jour.
C’est trempé de sueur et c’est poivré d’amour.
 
Les Laridons en cercle attendent près du four,
On entend vaguement la chair rance bruire,
Et les soiffards aussi sont là, tendant leur buire ;
Le marmiteux grelotte en attendant son tour.
 
Tu crois que le soleil frit donc pour tout le monde
Ces gras graillons grouillants qu’un torrent d’or inonde ?
Non, le bouillon de chien tombe sur nous du ciel.
 
Eux sont sous le rayon et nous sous la gouttière
À nous le pot-au-noir qui froidit sans lumière...
Notre substance à nous, c’est notre poche à fiel.
 
Ma foi j’aime autant ça que d’être dans le miel.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 24 juin 2018 à 13h25

Une amphore parle
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Le bon vin que je porte a vu des soleils luire ;
Il est tout imprégné de la saveur des jours,
Buvons à nos santés, buvons à nos amours,
L’aimable vigneron l’a fait pour nous séduire.

Les convives, goûtant le pain sorti du four,
Fredonnent des chansons que je ne peux traduire ;
Je le regrette un peu, cela pourrait m’instruire,
Mais j’oublie tout cela quand je chante à mon tour.

Sachez que le raisin mûrit pour tout le monde
Dans le vignoble ancien qu’un torrent d’or inonde,
La parole de Dieu tombant sur lui du ciel.

L’amphore se souvient de la vigne première
Que vendangeait Adam sous la grande lumière,
Le vin de cette époque est doux comme le miel.

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