Tristan Corbière

Les Amours jaunes, 1873


Frère et sœur jumeaux


 
Ils étaient tous deux seuls, oubliés là par l’âge...
Ils promenaient toujours tous les deux, à longs pas,
Obliquant de travers, l’air piteux et sauvage...
Et deux pauvres regards qui ne regardaient pas.
 
Ils allaient devant eux essuyant les risées,
— Leur parapluie aussi, vert, avec un grand bec —
Serrés l’un contre l’autre et roides, sans pensées...
Eh bien, je les aimais — leur parapluie avec ! —
 
Ils avaient tous les deux servi dans les gendarmes :
La Sœur à la popotte, et l’Autre sous les armes ;
Ils gardaient l’uniforme encor — veuf de galon :
Elle avait la barbiche, et lui le pantalon.
 
Un Dimanche de Mai que tout avait une âme,
Depuis le champignon jusqu’au paradis bleu,
Je flânais aux bois, seul — à deux aussi : la femme
Que j’aimais comme l’air... m’en doutant assez peu.
 
— Soudain, au coin d’un champ, sous l’ombre verdoyante
Du parapluie éclos, nichés dans un fossé,
Mes Vieux Jumeaux, tous deux, à l’aube souriante,
Souriaient rayonnants... quand nous avons passé.
 
Contre un arbre, le vieux jouait de la musette,
Comme un sourd aveugle, et sa sœur dans un sillon,
Grelottant au soleil, écoutait un grillon
Et remerciait Dieu de son beau jour de fête.
 
— Avez-vous remarqué l’humaine créature
Qui végète loin du vulgaire intelligent,
Et dont l’âme d’instinct, au trait de la figure,
Se lit... — N’avez-vous pas aimé de chien couchant ?...
 
Ils avaient de cela — De retour dans l’enfance,
Tenant chaud l’un à l’autre, ils attendaient le jour
Ensemble pour la mort comme pour la naissance...
— Et je les regardais en pensant à l’amour...
 
Mais l’Amour que j’avais près de moi voulut rire ;
Et moi, pauvre honteux de mon émotion,
J’eus le cœur de crier au vieux duo : Tityre ! —
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et j’ai fait ces vieux vers en expiation.
 

Commentaire (s)
Déposé par Esther le 25 novembre 2012 à 11h04

Que veut-dire: Tityre

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Déposé par Christian le 25 novembre 2012 à 15h14

Bonne question. Tityre semble un nom de berger dans Virgile. Mais qu’avait-il de particulier pour apparaître ici ? Le Poésie/Gallimard n’en dit rien. Mystère...

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 26 novembre 2012 à 10h23

"Contre un arbre, le vieux jouait de la musette"

C’est à peu près ce que fait le séduisant Tityre au début de l’oeuvre de Virgile. La comparaison est moqueuse, limite cruelle.

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Déposé par Saudade - le 26 novembre 2012 à 12h45

Ô poignante expiation  __
clamante de vibration -

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