François Coppée

Le Cahier rouge, 1892


Sur la terrasse du château de R...


 
Devant le pur, devant le vaste ciel du soir,
Où scintillaient déjà quelques étoiles pâles,
Sur la terrasse, avec des fichus et des châles,
Toute la compagnie avait voulu s’asseoir.
 
Devant nous l’étendue immense, froide et grise,
D’une plaine, la nuit, à la fin de l’été.
Puis un silence, un calme, une sérénité !
Pas un chant de grillon, pas un souffle de brise.
 
Nos cigares étaient les seuls points lumineux ;
Les femmes avaient froid sous leurs manteaux de laine ;
Tous se taisaient, sentant que la parole humaine
Romprait le charme pur qui pénétrait en eux.
 
Près de moi, s’éloignant du groupe noir des femmes,
La jeune fille était assise de profil
Et, brillant du regret des anges en exil,
Son regard se levait vers le pays des âmes.
 
Ses mains blanches, ses mains d’enfant sur ses genoux
Se joignaient faiblement, presque avec lassitude,
Et ses yeux exprimaient, comme son attitude,
Tout ce que la souffrance a de cher et de doux.
 
Elle semblait frileuse en son lourd plaid d’Écosse
Et pourtant souriait, heureuse vaguement,
Mais ce sourire était si faible en ce moment
Qu’il avait plutôt l’air d’une ride précoce.
 
Pourquoi donc ai-je alors rêvé de la saison
Qui dépouille les bois sous la bise plus aigre,
Et pourquoi ce sillon dans la joue un peu maigre
M’a-t-il inquiété bien plus que de raison ?
 
Je connais cette enfant ; elle n’est que débile.
Depuis le bel été passé dans ce château,
Elle va mieux. C’est moi qui lui mets son manteau
— Lorsque le vent fraîchit — d’une main malhabile.
 
J’ai ma place auprès d’elle, à l’heure des repas,
Je la gronde parfois d’être à mes soins rebelle,
Et, tout en plaisantant, c’est moi qui lui rappelle
Le cordial amer qu’elle ne prendrait pas.
 
Elle ne peut nous être aussi vite ravie !...
— Non, mais devant ce ciel calme et mystérieux,
Avec ce doux reflet d’étoile dans les yeux,
Cette enfant m’a paru trop faible pour la vie ;
 
Et, sans avoir pitié, je n’ai pas pu prévoir
Tout ce qui doit changer en ride ce sourire
Et flétrir dans les pleurs ce regard, où se mire
Le charme triste et pur de l’automne et du soir.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆
☆ ☆ ☆ ☆
Cоmmеntaires récеnts

De Βас mаrсеl sur Lеs Gеnêts (Fаbié)

De Frаnçоis С. sur «Lе viеrgе, lе vivасе еt lе bеl аuјоurd’hui...» (Μаllаrmé)

De nе mbоmа sur Αprès lа сlаssе (Hаrdу)

De Jасquеs Rоubаud sur «Οn m’а mis аu соllègе (оh ! lеs pаrеnts, с’еst lâсhе !)...» (Νоuvеаu)

De Сеltоmаniаquе sur «Lе miсrоbе : Βоtulinus...» (Τоulеt)

De Stеphеn Βiеnаrmé sur Lе Τоmbеаu dе Сhаrlеs Βаudеlаirе (Μаllаrmé)

De Jаdis sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ρаul-Jеаn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn)

De X. sur Splееn : «Τоut m’еnnuiе аuјоurd’hui. J’éсаrtе mоn ridеаu...» (Lаfоrguе)

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De GΑRΟUX Сhristiаnе sur Virgilе (Βrizеuх)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе