François Coppée

Les Paroles sincères, 1891


Période électorale


 
On va voter. Paisible assembleur d’hémistiches,
Je reste froid. Mais j’ai l’horreur de ces affiches
Aux tons crus et de leurs grotesques boniments.
Malgré moi, je les lis sur tous les monuments ;
Je compare, écœuré de patois inutile,
La colle du papier et la glaire du style ;
J’y prends même, à la longue, un intérêt réel,
— C’est absurde, — et veux voir, devant cet arc-en-ciel
D’imprimés dont soudain Paris se bariole,
Lequel de ces sauteurs fait mieux sa cabriole.
Dans mon quartier, voyons ! qui sera député ?
Cet avocat véreux ? ce médecin raté ?
Quand j’y songe, le choix me paraît difficile.
L’un est une canaille, et l’autre un imbécile.
Mais il faut t’obéir, suffrage universel !
Je dois un bulletin à cette boîte à sel
Que le Français, épris du tragique cothurne
Et du style pompier, appelle encore une urne.
C’est plus aveugle et plus bête que le hasard ;
Mon suffrage est l’égal de celui d’un pochard.
Il vaudrait mieux jouer la chose à pile ou face.
Mais enfin c’est ainsi. Que faut-il que je fasse ?
Qui nommer ? L’avocat, format grand-colombier,
Se placarde en vert-pomme et rouge-caroubier,
Et le docteur salit des murailles entières
D’un nom jadis célèbre au fond des pissotières.
Pour qui voter ? Tous les journaux, si je m’abstiens,
Vont me ranger parmi les mauvais citoyens.
Lequel des candidats choisirai-je dimanche ?
En attendant, tous deux me tirent par la manche.
Je me sens raccroché, du matin jusqu’au soir,
Par leur prose publique et qui fait le trottoir,
— Oh ! quel dégoût ! — et, sur chaque affiche pareille
À la fille de nuit qui vous parle à l’oreille
Et cherche à vous troubler d’un érotique émoi,
Je lis : « Bel électeur, veux-tu monter chez moi ? »
 

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