François Coppée

Les Récits et les Élégies, 1878


Espoir timide


 
Chère âme, si l’on voit que vous plaignez tout bas
Le chagrin du poète exilé qui vous aime,
On raillera ma peine, et l’on vous dira même
Que l’amour fait souffrir, mais que l’on n’en meurt pas.
 
Ainsi qu’un mutilé qui survit aux combats,
L’amant désespéré qui s’en va, morne et blême,
Loin des hommes qu’il fuit et de Dieu qu’il blasphème,
N’aimerait-il pas mieux le calme du trépas ?
 
Chère enfant, qu’avant tout vos volontés soient faites !
Mais, comme on trouve un nid rempli d’œufs de fauvettes,
Vous avez ramassé mon cœur sur le chemin.
 
Si de l’anéantir vous aviez le caprice,
Vous n’auriez qu’à fermer brusquement votre main,
— Mais vous ne voudrez pas, j’en suis sûr, qu’il périsse !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 30 novembre 2012 à 11h14

C’est ce que l’on appelle tenir un homme par les...          sentiments.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Esther le 30 novembre 2012 à 11h20

Un petit oisillon dans une main fragile.

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Déposé par Cochonfucius le 24 janvier 2019 à 12h07

Voyage cosmique de l’oiseleur
---------------------

Il quitte son logis dont le plafond est bas,
Il se sépare aussi des disciples qu’il aime,
Il doit s’en aller loin du solaire système
Pour rejoindre un endroit que tu ne connais pas.

C’est un être d’errance et non pas de combat,
S’éloignant de la Terre et de la Lune blême.
Au long de cette route il compose un poème
Qui parle de la vie et surtout du trépas.

Il n’a pas pris pour but une vaste planète
Mais plus modestement, la Lune des Fauvettes :
Sa rutilante nef en connaît le chemin.

S’il gagne cet endroit, ce n’est point par caprice,
C’est parce qu’un grand scribe écrivit de sa main
Qu’il devait rencontrer l’Oiselle Impératrice.

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Déposé par Cochonfucius le 1er juin 2020 à 12h21

Errance d’une avette
----------

Par ce matin d’été, l’avette vole bas,
Elle veut s’éloigner de cet endroit qu’elle aime ;
Je la vois progresser vers les lointains extrêmes,
Vers d’étranges pays que je ne connais pas.

Ne voulant être reine au terme d’un combat,
Elle abandonne ainsi la dignité suprême;
Je l’entends cheminer, murmurant des poèmes,
Elle va de l’avant sans crainte du trépas.

Parmi les habitants de ma douce planète,
J’ai  toujours estimé les vaillantes avettes ;
J’aime les rencontrer sur les bords du chemin.

Elles n’agissent point sous l’effet d’un caprice,
Ni par cupidité, comme font les humains;
Plus ont-elles d’honneur que des impératrices.

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