(collaborations) ***

in Les Coulisses parisiennes, 1er octobre 1867


Gazette rimée


Paris, le 24 septembre.
À M. Francis Magnard


À moi, Francis, deux mots. — Parle. — Ôte-moi d’un doute.
Tu connais bien Victor ? — Séjour ? — Non, l’autre. Écoute.
Sais-tu que cet Hugo fut la même vertu,
Le génie et l’honneur de son temps ? Le sais-tu ?
— Peut-être. — Cette ardeur que dans mes vers j’apporte,
Sais-tu que c’est son sang. Le sais-tu ? — Que m’importe,
— Alors pourquoi sur lui, dans chaque numéro
De l’organe que fut le premier Figaro
Exténuer, ainsi que sur la tête more,
Ton poing faible, ô Coupeur qui n’est pas Fenimore ?
Pourquoi, quand tu pourrais, quand tu devais, Francis,
T’armer de tes ciseaux et découper dans six
Ou sept journaux des faits divers dont on s’étonne
Chez les marchands de cuirs du quartier Tiquetonne
Et dont rêve Sarcey, peut-être, oh ! dis pourquoi,
Quand tu pourrais, ami, victorieux et coi,
Vivre de ton métier que Pelloquet souhaite,
Te montrer envieux de cet humble poëte ?
Va, quitte ces soucis et reviens au grand art
D’offrir à l’abonné palpitant le moins tard
Et le plus « comme il faut » possible les nouvelles :
Caissiers prenant le train de minuit dix, cervelles
Qui sautent, duel de Paul d’Y avec Alfred
De X, pour les yeux noirs de la petite Z,
Et cætera. D’ailleurs notre Muse, qu’amuse
Beaucoup plus que nos vers un souper, et qui muse
Toujours devant Samper, vient de nous planter là
Pour un Chactas ayant perdu son Atala.
Francis, remplace-la.  Dis-nous, muse amicale,
Que voici revenir ces dames de Cancale,
Duschesne qu’une veste immuable revêt,
— Gloire du Figaro ! triomphe de Chevet 
Les membres du congrès de Malines, les courses,
Et les grands coups de Bourse où se vident les bourses,
Et Wolff ! Dis-nous aussi l’Odéon restauré,
Et George Sand et son Monsieur de Bois Doré !
Dis-nous Barthélémy mort et Méry-sur-Oise,
Barrière aussi nerveux que libre, cherchant noise
Au Siècle, et par delà des chemins vicinaux
Donnant son cœur au fils de Bondy-les-Tonneaux !
Dis-nous cela ! dis-nous cela ! — Mais si ton rêve
Pourtant a soif encor de la réclame brève
Que Lucrèce, Ruy-Blas, la Légende, Hernani
Ont acquise autrefois à cet Hugo fini,
Achète ce qu’il faut pour écrire à Clairville,
Trouve des rimes, bâcle un drame, un vaudeville,
N’importe quoi, fais des tirades et prends-moi
Ce lyrisme qui met le parterre en émoi.
Soit sublime ! Sois grand ! Enfin fais les Burgraves
— Mais non, ne quitte pas tes besognes plus graves ;
N’écoute pas le chant suranné des oiseaux !
Francis, reste Magnard ! Sculpteur ; à tes ciseaux !
Voltige, enfant ailé que gâta la chronique,
De la verve gauloise à l’humour britannique ;
Le public te sera cent fois reconnaissant.
Pourtant un seul conseil, dis à Villemessant
Que Bourdin et Jouvin feraient bien de se taire.
Oh ! dis-lui que Jouvin est de trop sur la terre !
Et qu’il est un proverbe excellent quoique vieux :
— Tous les gendres sont bons, hors le gendre ennuyeux.
 

Éliséo [Verlaine et Coppée]

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