Paul Claudel

Feuilles de saints, 1925


Saint Martin

La mère est ce qu’il y a de patient et de fidèle et de tout près et de toujours pareil et de toujours présent.

C’est toujours la même figure attentive, et c’est toujours, sous son regard, le même enfant,

Qui sait que tout lui appartient sans pitié et qui vous trépigne de ses deux pieds sur le ventre.

Mais le père est ce qui n’est jamais là, il sort et l’on ne sait jamais au juste quand il rentre.

L’hôte aux rares paroles du repas que le journal dès qu’il a quitté la table, réengloutit.

Un bonjour, un bonsoir distraits, une ou deux questions de temps en temps, une explication difficile et pas finie.

Puis subitement parfois quelques jeux violents et courts et l’intervention terrifiante de ce gros camarade.

Et cependant c’est bon, cette grosse main quand on ne sait plus au juste où l’on est, qui vous prend, ou sur le front cette caresse furtive quand on est malade.

C’est lui qui commande notre château et qui se débrouille au dehors avec ce grand monde confus.

Il est le justicier en dernier recours formidable et le côté avec espoir toujours par où l’on attend l’inattendu.

Avant que nous soyons il était là et déjà nous étions avec lui sa nécessité et son désir.

De son côté est le commencement et cela dont le propre est de ne pas mourir.

Il y a eu un moment de lui à nous commun où nous n’étions pas séparés.

Et certes nous ne serions pas venus dans ce monde si bien fait et que notre devoir comme tout homme vivant est de déranger,

Et nous aurions pu attendre longtemps le consentement de notre mère.

Si lui n’avait tout secoué pour nous arracher de lui dans le grondement de son rire et de sa colère.

Et cela même qui nous a faits, c’est cela dans les grands moments qui nous ressaisit.

C’est ses yeux qui recherchent les nôtres, les mêmes, pour voir si nous sommes un mâle comme lui.

Ainsi quand ce n’est pas un homme seulement, par hasard, mais que la nation même jusque dans ses racines est insultée.

Et qu’un autre peuple en pleine figure la nie et lui dit que le moment est venu de la vérité,

Et ce droit qu’elle prétend de ne pas obéir, on va bien voir à l’instant de quoi c’est fait.

Un frisson, plus encore que la colère, surprise, déplaçant le sommeil stupide de la paix,

La révélation tout à coup de cette chose plus que nous autour de nous nécessaire, et plus ancienne que nous avec nous, et tellement plus forte et ample,

Reçue, et que pour continuer à tout prix il n’y a pas à choisir que nous restions tous ensemble,

Parce que je tiens de toutes parts et que c’est moi par mon nom que l’on affronte

Et que c’est vrai qu’on m’a frappé, de tant d’âmes créant cette âme qui refuse la honte !

 

[...]


©  

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Ρеnquеr : Lе Vаllоn dе Kеrsаint

Hugо : Εt nох fасtа еst

Hugо : Guitаrе : «Gаstibеlzа, l’hоmmе à lа саrаbinе...»

Τаvаn : Lа Rоndе dеs mоis

Gаutiеr : Lеs Αссrосhе-сœurs

Fоurеst : Ρsеudо-sоnnеt plus spéсiаlеmеnt truсulеnt еt аllégоriquе

Gilkin : Lа Саpitаlе

Ιwаn Gilkin

Fоurеst : Ρsеudо-sоnnеt аfriсаin еt gаstrоnоmiquе

Βоukау : Τu t’еn irаs lеs piеds dеvаnt

☆ ☆ ☆ ☆

Соuté : Lе Сhаmp d’ nаviоts

Lа Сеppèdе : «Ô Ρèrе dоnt јаdis lеs mаins industriеusеs...»

Βruаnt : Соnаssе

Sсhwоb : Βоuts rimés

Fоurеst : Unе viе

Сrоs : Sоnnеt : «Βiеn quе Ρаrisiеnnе еn tоus pоints, vоus аvеz...»

Fоurеst : Ιphigéniе

Riсtus : Βеrсеusе pоur un Ρаs-dе-Сhаnсе

Fоurеst : Flеurs dеs mоrts

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Quаnd lа furеur, qui bаt lеs grаnds соupеаuх...» (Du Βеllау)

De Vinсеnt sur Dе prоfundis сlаmаvi (Βаudеlаirе)

De Сосhоnfuсius sur «Μаdаmе, с’еst à vоus à qui prеmièrеmеnt...» (Jоdеllе)

De Сосhоnfuсius sur Lа Τоrtuе (Αpоllinаirе)

De Βеnеdеtti еt Sаundеr sur «Ô musе inсоrrigiblе, оù fаut-il quе tu аillеs !...» (Rоllinаt)

De sуnсhrоniсité sur Lе Rоi Rеnаud (***)

De Jоhn Kеаts sur «Sur lе bоrd d’un bеаu flеuvе Αmоur аvаit tеndu...» (Μаgnу)

De Lа Μusérаntе sur Lеs Αspеrgеs (Rоllinаt)

De Αllis sur Épitаphе (Νоuvеаu)

De Βоnјоur tristеssе sur Τu t’еn irаs lеs piеds dеvаnt (Βоukау)

De Μаrl’hаinе sur Соnаssе (Βruаnt)

De Gаrсе’sоnnе sur «Νаturе еst аuх bâtаrds vоlоntiеrs fаvоrаblе...» (Du Βеllау)

De Νаdiа sur Εnсоrе сеt аstrе (Lаfоrguе)

De Сrо’Οdilе sur Εugéniе dе Guérin (Αutrаn)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Μоn Βisаïеul (Βеrtrаnd)

De Сhаrlеs Ρоrnоn sur Vоуеllеs (Rimbаud)

De Vinсеnt sur Sоnnеt à mоn аmi R... (Αrvеrs)

De Vinсеnt sur Lеs Étоilеs blеuеs (Rоllinаt)

De lасоtе sur Lа nеigе еst bеllе (Riсhеpin)

De Kеinеr sur «Βоnnе аnnéе à tоutеs lеs сhоsеs...» (Gérаrd)

De Сhristiаn sur «Βiеnhеurеuх sоit lе јоur, еt lе mоis, еt l’аnnéе...» (Μаgnу)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе