Paul Claudel


Octobre

C’est en vain que je vois les arbres toujours verts. Qu’une funèbre brume l’ensevelisse, ou que la longue sérénité du ciel l’efface, l’an n’est pas d’un jour moins près du fatal solstice. Ni ce soleil ne me déçoit, ni l’opulence au loin de la contrée ; voici je ne sais quoi de trop calme, un repos tel que le réveil est exclu. Le grillon à peine a commencé son cri qu’il s’arrête ; de peur d’excéder parmi la plénitude qui est seul manque du droit de parler, et l’on dirait que seulement dans la solennelle sécurité des ces campagnes d’or il soit licite de pénétrer d’un pied nu. Non, ceci qui est derrière moi sur l’immense moisson ne jette plus la même lumière, et selon que le chemin m’emmène par la paille, soit qu’ici je tourne le coin d’une mare, soit que je découvre un village, m’éloignant du soleil, je tourne mon visage vers cette lune large et pâle qu’on voit pendant le jour.

 

Ce fut au moment de sortir des graves oliviers, où je vis s’ouvrir devant moi la plaine radieuse jusqu’aux barrières de la montagne, que le mot d’introduction me fut communiqué. Ô derniers fruits d’une saison condamnée ! dans cet achèvement du jour, maturité suprême de l’année irrévocable. « C’en est fait ».

Les mains impatientes de l’hiver ne viendront point dépouiller la terre avec barbarie. Point de vents qui arrachent, point de coupantes gelées, point d’eaux qui noient.

Mais plus tendrement qu’en mai, ou lorsque l’insatiable juin adhère à la source de la vie dans la possession de la douzième heure, le Ciel sourit à la Terre avec un ineffable amour. Voici, comme un cœur qui cède à un conseil continuel, le consentement ; le grain se sépare de l’épi, le fruit quitte l’arbre, la Terre fait petit à petit délaissement à l’invincible solliciteur de tout, la mort desserre une main trop pleine ! Cette parole qu’elle entend maintenant est plus sainte que celle du jour de ses noces, plus profonde, plus tendre, plus riche : « C’en est fait ! » L’oiseau dort, l’arbre s’endort dans l’ombre qui l’atteint, le soleil au niveau du sol le couvre d’un rayon égal, le jour est fini, l’année est consommée.

À la céleste interrogation cette réponse amoureusement « C’en est fait » est répondue.


©  

Connaissance de l’Est, 1900

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