Paul Claudel

 ?


La Vierge à midi

Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.

Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

 

Je n’ai rien à offrir et rien à demander.

Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

 

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela

Que je suis votre fils et que vous êtes là.

 

Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.

Midi !

Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

 

Ne rien dire, regarder votre visage,

Laisser le cœur chanter dans son propre langage,

 

Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu’on a le cœur trop plein,

Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.

 

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,

La femme dans la Grâce enfin restituée,

 

La créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final,

Telle qu’elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.

 

Intacte ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,

Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit.

 

Parce que vous êtes la femme, l’Éden de l’ancienne tendresse oubliée,

Dont le regard trouve le cœur tout-à-coup et fait jaillir les larmes accumulées,

 

Parce que vous m’avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France,

Parce qu’elle aussi, comme moi, pour vous fut cette chose à laquelle on pense,

 

Parce qu’à l’heure où tout craquait, c’est alors que vous êtes intervenue,

Parce que vous avez sauvé la France une fois de plus,

 

Parce qu’il est midi, parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui,

Parce que vous êtes là pour toujours, simplement parce que vous êtes Marie, simplement parce que vous existez,

 

Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !


Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 6 mars 2014 à 14h41

Dame de légende
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Banville te chante, ô Dame du Ciel,
Et Villon offrant un chant à sa mère.
Tu entends prier les rois de la Terre
À qui tu dis des mots providentiels.

À l’ermite Jean, tu portas du miel,
Lui dont les criquets furent l’ordinaire;
Sur ton front, il mit trois gouttes d’eau claire,
Geste d’affection, fort confidentiel.

Comme il faisait bon chez le charpentier,
Et comme son fils avait du courage
Lorsqu’il affronta les coeurs pleins de rage
Qui de sa douceur n’ont pas eu pitié !

Tu l’avais compris, c’est un dur métier
Que de se vouloir prophète au village ;
Et ce bel enfant, qu’aimaient les Rois Mages,
Ne fut point nourri près d’un bénitier.

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