Jean-Baptiste Chassignet

Le Mépris de la vie et consolation contre la mort, 1594



 
Quelquefois les chevaux vont caparaçonnés
De drap d’or et d’argent, richesse inestimable ;
Toutefois, arrivés en la fumante étable,
On leur ôte l’habit duquel ils sont ornés.
 
Et ne leur reste rien sur les dos étonnés
Que lasseté, sueur et plaie dommageable
Dont l’éperon, la course et le faix les accable,
Défaillant sous les bonds en courbettes tournés :
 
Ainsi marche le prince accompagné sur terre ;
Puis quand le trait subit de la Parque l’enferre,
Tous ses honneurs lui sont incontinent ôtés ;
 
Car de tant de ressorts et provinces sujettes
Les rois n’emportent rien sous les tombes muettes
Que les forfaits commis en leurs principautés.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 30 octobre 2012 à 13h01

*
Pour roi et pour manant telle heure doit sonner
Où doit périr en eux cette vie périssable.
C’est cela que l’on doit tenir pour véritable,
Et non l’éternité de nos murs maçonnés.
*
D’ailleurs, même ces murs, lentement façonnés,
Lentement se défont et redeviennent sable ;
Vivant ni minéral n’ont de statut durable,
Le temps est un faucheur et peut tout moissonner.
*
Donc, lorsque vient la fin de notre vie sur terre,
Il convient de sourire, ou du moins, de se taire :
Ce coeur sait que s’il bat, ce n’est pas pour toujours.
*
Entendons aujourd’hui le chant de l’alouette,
La rumeur des forêts, le babil des poètes,
C’est aujourd’hui qui passe, il faut cueillir ce jour.
*

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 10 octobre 2018 à 12h07

Sagesse de l’alouette

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L’alouette entendit les matines sonner,
Rappelant leur devoir aux moines périssables.
Du tintement, elle eut  un plaisir véritable
Auprès de ce clocher finement maçonné.

Car l’esprit d’un oiseau, lentement façonné
Jusqu’à connaître enfin des chants incomparables,
Apprend à respecter tout ce qui est durable,
Mais les herbes aussi, que l’on doit moissonner.

L’alouette a chanté, s’éloignant de la terre,
Maîtresse du ramage et de l’art de se taire ;
Choses que les oiseaux savent depuis toujours.

Or, j’entends aujourd’hui le chant de l’alouette :
C’est ce chant qui m’apprit mon métier de poète
Au temps où je goûtais la primeur de mes jours.

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