Aristide Bruant

Dans la rue


Conasse


 
T’es pas dessalé’ que j’ te dis,
T’as trimardé tout’ la soirée
Et te v’là ’cor’ sans un radis,
C’est toujours el’ dix ed’ purée.
Vrai, j’en ai les trip’ à l’envers !
Ça m’ fait flasquer d’ voir eun’ pétasse
Qui pass’ tous les soirs à travers !
Bon Dieu ! faut-i’ qu’ tu soy’s conasse !
 
Tiens, j’ te vas dir’ comment qu’on fait :
C’est pas malin...  Tu vas au gonce,
Tu y dis : « T’as eun’ gueul’ qui m’ plaît,
Viens-tu chez moi, mon p’tit Alphonse ? »
— I’ dit : « Non. » — Mais c’est du chiquet.
Tu y r’dis : « Viens, mon p’tit Narcisse,
Viens, pour toi ça s’ra qu’ larant’quet. »
Et tu l’emmèn’ à la condisse.
 
Et pis là, tu tap’ au pognon.
Ceux qui s’ laiss’ empiler sans s’cousse,
On les appell’ mon p’tit mignon,
On les dégringole à la douce.
Mais les lapins, mais les bécants,
Ceux avec qui qu’ya pas d’affure,
Les emmerdeurs et les croquants,
On les dégringole à la dure :
 
On leur fait l’ coup du culbutant,
On leur fait l’article et les poches,
Et quand i’s rouspèt’nt en partant,
Quand i’s font du pet... gare aux broches !
Nous somm’s là !...  Et si les bochons
Suffis’nt pas... on a des eustaches
Pour les saigner comm’ des cochons !
À bas les pant’ et mort aux vaches !
 

Commentaire (s)
Déposé par Marl’haine le 3 avril 2018 à 13h59


La muse et le monde des vivants  

S’il n’existait pas cet homme indolent
Ces mots seraient faux et sa vie une ombre
Modestement grise au réel si sombre
Pour lui infliger ce chant insolent ___

Pour vider son cœur de tout son talent  
Dupe de ses écrits ? Chaste de son sombre
Chagrin trépané dans la pénombre  
Perdu dans l’oubli infligeant son élan  

A son noir combat à son vain subterfuge
La muse va se murer dans son discret refuge
Si désabusée pour ce tas de protons  

Il va existant captif de sa peine    
Qui gît dans son cœur en Lilith Marl‘haine
Celles de Cluny ou bien la Margoton ____


Chant I - Pour toutes les cocues de la Terre -

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