Louis Bouilhet


À une femme


 
Quoi ! tu raillais vraiment, quand tu disais : « Je t’aime » ?
Quoi ! tu mentais aussi, pauvre fille !... À quoi bon ?
Tu ne me trompais pas, tu te trompais toi-même :
Pouvant avoir l’amour, tu n’as que le pardon !

Gardes-le, large et franc, comme fut ma tendresse ;
Que par aucun regret ton cœur ne soit mordu :
Ce que j’aimais en toi, c’était ma propre ivresse,
Ce que j’aimais en toi, je ne l’ai pas perdu.
 
Ta lampe n’a brûlé qu’en empruntant ma flamme ;
Comme le grand convive aux noces de Cana,
Je changeais en vin pur les fadeurs de ton âme,
Et ce fut un festin dont plus d’un s’étonna.
 
Tu n’as jamais été, dans tes jours les plus rares,
Qu’un banal instrument sous mon archet vainqueur,
Et comme un air qui sonne au bois creux des guitares,
J’ai fait chanter mon rêve au vide de ton cœur.
 
S’il fut sublime et beau, ce n’est pas ton affaire !
Je peux le dire au monde et ne te pas nommer :
Pour tirer du néant sa splendeur éphémère,
Il m’a suffi de croire, il m’a suffi d’aimer.
 
Et maintenant, adieu ! suis ton chemin, je passe !
Poudre d’un blanc discret les rougeurs de ton front.
Le banquet est fini quand j’ai vidé ma tasse ;
S’il reste encor du vin, les laquais le boiront !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 22 janvier 2019 à 14h28

Oiseau de la gadelle
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L’oiseau de la gadelle est un oiseau que j’aime ;
Il vit dans mon jardin, il sait ce qui est bon,
Il imite les voix tout en restant lui-même.
J’aimerais bien avoir la moitié de ses dons.

Il a construit son nid auprès d’un petit pont,
Pour lui, l’humidité, ce n’est pas un problème ;
Satisfait d’observer la  danse des poissons,
Il en fait de son chant le prétexte et le thème.

S’il plonge dans les flots, il ne boit pas la tasse,
Car il est familier de ce courant qui passe
Depuis bien des années au-dessous de chez lui.

Jamais il n’est pressé comme un homme d’affaires ;
Il saisit les instants, il goûte l’éphémère,
Heureux quand vient le jour, heureux quand vient la nuit.

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