Aloysius Bertrand

Gaspard de la nuit, 1842


Le Soir sur l’eau


 

        Bords où Venise est reine de la mer.
  ANDRÉ CHÉNIER.

La noire gondole se glissait le long des palais de marbre, comme un bravo qui court à quelque aventure de nuit, un stylet et une lanterne sous sa cape,

 

Un cavalier et une dame y causaient d’amour : « Les orangers si parfumés, et vous si indifférente ! Ah ! signora, vous êtes une statue dans un jardin !

 

— Ce baiser est-il d’une statue, mon Georgio ? pourquoi boudez-vous ? — Vous m’aimez donc ? — Il n’est pas au ciel une étoile qui ne le sache, et tu ne le sais pas ?

 

— Quel est ce bruit ? — Rien, sans doute le clapotement des flots qui monte et descend une marche des escaliers de la Giudecca.

 

— Au secours ! au secours ! — Ah ! mère du sauveur, quelqu’un qui se noie ! — Écartez-vous ; il est confessé », dit un moine qui parut sur la terrasse.

 

Et la noire gondole força de rames, se glissant le long des palais de marbre comme un bravo qui revient de quelque aventure de nuit, un stylet et une lanterne sous sa cape.

 


Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 novembre 2015 à 11h21

Chèvre de guerre
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La chèvre d’or s’avance au long des murs de marbre,
Alexandre le preux ne craint aucun combat ;
Les esprits de la nuit, tout autour, parlent bas,
L’appel d’un noir hibou surgit parmi les arbres.

La muse d’Alexandre a croisé son chemin,
Implorant sa pitié pour un noble adversaire ;
Et le grand combattant, plus brave qu’un corsaire,
Ne sait s’il va frapper ou retenir sa main.

La chèvre d’or s’arrête auprès du dernier mur ;
Des arbres nous parvient le plus profond silence.
Le héros, dont le coeur en cet instant balance,
Contemple, au bord du ciel, quelques lambeaux d’azur.

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Déposé par Cochonfucius le 7 juillet 2020 à 12h16

Ange combattant
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La gloire et la grandeur brillent dans son regard ;
Il manipule un glaive, et non pas une lyre,
Envers tout adversaire il sera sans égards.
Cet ange, cependant, n’est pas un triste sire.

C’est un être subtil, ce n’est par un ringard,
Ce n’est pas un faiblard qui s’apprête au martyre,
Ce n’est pas un marin voguant vers Trafalgar.
Presque innombrables sont les vierges qu’il attire.

Flattant leur vanité, admirant leurs cheveux,
Il leur parle à voix basse, il en fait ce qu’il veut
Par l’immense vertu du charme qu’il possède.

Mais s’il perçoit alors l’approche de Satan,
Il pourra surmonter le trouble qui l’obsède :
Il sait qu’il est d’abord un ange combattant

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Déposé par Cochonfucius le 7 juillet 2020 à 12h34

Le cavalier invisible
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Ce héros légendaire échappe à mon regard,
Je lui offre pourtant les notes de ma lyre;
Je ne peux le chanter qu’avec de grands égards
Ainsi que son cheval, dénommé «Noble Sire».

Il n’a point de manoir, il dort dans un hangar,
Le brave canasson n’y voit rien à redire;
Ils ont même squatté parfois le pont du Gard,
Et de leurs mauvais tours cela n’est pas le pire.

Cheval et cavalier sont du genre nerveux,
De plus, chacun des deux ne fait que ce qu’il veut,
Mais au long du chemin, la chance les précède.

S’ils rencontrent un diable, ils lui disent «Va t’en»,
Loin de leur résister, le noir démon leur cède,
Il n’est pas un danger pour ces deux combattants.

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Déposé par Cochonfucius le 5 août 2023 à 11h30

Cavalier distrait
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Je laisse flotter mon esprit,
J’écoute une invisible lyre ;
Un noir corbeau jette son cri,
Mon coeur n’a pas ce qu’il désire.

Mon grand cheval, d’amour épris,
S’éloigne de moi sans rien dire ;
Je laisse aller ce malappris,
Moi qui en connus de bien pires.

Cette inaction me rend nerveux,
Je ne sais pas ce que je veux ;
De noirs pressentiments m’obsèdent.

C’est sous un soleil éclatant
Qu’aux manoeuvres l’armée procède ;
La chose n’a rien d’épatant.

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