Aloysius Bertrand

Gaspard de la nuit, 1842


L’Ange et la Fée


 

      Une fée est cachée en tout ce que tu vois.
VICTOR HUGO.

Une fée parfume la nuit mon sommeil fantastique des plus fraîches, des plus tendres haleines de juillet, — cette même bonne fée qui replante en son chemin le bâton du vieil aveugle égaré, et qui essuie les larmes, guérit la douleur de la petite glaneuse dont une épine a blessé le pied nu.

 

La voici, me berçant comme un héritier de l’épée ou de la harpe, et écartant de ma couche avec une plume de paon les esprits qui me dérobaient mon âme pour la noyer dans un rayon de la lune ou dans une goutte de rosée.

 

La voici, me racontant quelqu’une de ses histoires des vallées et des montagnes, soit les amours mélancoliques des fleurs du cimetière, soit les joyeux pèlerinages des oiseaux à Notre-Dame-des-Cornouillers.

 

*

 

Mais tandis qu’elle me veillait endormi, un ange, qui descendait les ailes frémissantes, du temps étoilé, posa un pied sur la rampe du gothique balcon, et heurta de sa palme d’argent aux vitraux peints de la haute fenêtre.

 

Un séraphin, une fée, qui s’étaient enamourés naguère l’un de l’autre au chevet d’une jeune mourante, qu’elle avait douée à sa naissance de toutes les grâces des vierges, et qu’il porta expirée dans les délices du Paradis !

 

La main qui berçait mes rêves s’était retirée avec mes rêves eux-mêmes. J’ouvris les yeux. Ma chambre aussi profonde que déserte s’éclairait silencieusement des nébulosités de la lune ; et le matin, il ne me reste plus des affections de la bonne fée que cette quenouille : encore ne suis-je pas sûr qu’elle ne soit pas de mon aïeule.

 


Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 24 mai 2013 à 17h20


Une fée vient au soir sauvegarder mon coeur,
Ayant, pendant le jour, soulagé la misère
De plusieurs vagabonds. Elle entre en ma chaumière,
Délivrant mon esprit des succubes moqueurs,

Puis me conte un récit des anciens chroniqueurs,
Ou me dit les amours des fleurs du cimetière,
Ou des petits oiseaux l’émouvante prière,
Avec des mots plus doux qu’une pure liqueur.

Un ange, repliant ses ailes de faucon,
Atterrit avec bruit sur le bord du balcon,
Illuminant la chambre au travers des fenêtres.

La fée sort de la chambre et reste auprès de lui ;
Puis, dans le grand silence, au milieu de la nuit,
J’entends battre les coeurs sans chair de ces deux êtres.

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Déposé par Cochonfucius le 2 mai 2019 à 14h24

Hyperlion
-----------

C’est l’hyperlion d’azur, un être au noble coeur,
Lui qui ne connaît point la peur ni la misère ;
Car il va volontiers trinquer dans les chaumières
Pour partager les jeux des paysans moqueurs.

Souvent nous l’ont décrit les anciens chroniqueurs,
Aussi la crocolionne au sombre cimetière ;

https://paysdepoesie.wordpress.com/2014/05/20/crocolionne/

Tous nous sommes émus par sa noble prière,
Dont les mots sont plus chauds qu’une douce liqueur.

Il est l’ami d’Horus aux ailes de faucon
Qui vient assez souvent s’asseoir sur son balcon ;
Car il laissa toujours ouverte sa fenêtre.

Hathor lui sert de muse et reste auprès de lui
Pour commenter son rêve au milieu de la nuit ;
J’entends battre le coeur parfait de ce grand être.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 28 avril 2023 à 11h27

Un ange drague une fée
-----------------

L’être ailé veut offrir son coeur
À une enchanteresse fière ;
Lui qui naquit de la lumière,
Il a Cupidon pour vainqueur.

Je l’appris d’un vieux chroniqueur,
Un des gardiens du cimetière ;
Nous partagions un pot de bière,
Faute de plus forte liqueur.

« Amour-ivresse et corps-flacon »,
Chantait un troubadour gascon ;
Le corps d’un ange aussi, peut-être.

La fée n’a pas voulu de lui ;
Il fut consolé, l’autre nuit,
Par la dryade d’un grand hêtre.

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