Pierre-Jean de Béranger


Mon enterrement


 

AIR : Quand on ne dort pas la nuit (de Lisbeth)


 
 
Ce matin, je ne sais comment,
Je vois d’Amours ma chambre pleine ;
J’étais couché, sans mouvement.
Il est mort, disaient-ils gaîment ;
De l’inhumer prenons la peine.
Lors je maudis entre mes draps
Ces dieux que j’aimais tant à suivre.
Amis, si j’en crois ces ingrats,
Plaignez-moi (bis), j’ai cessé de vivre. (bis)
 
De mon vin ils prennent leur part ;
Ils caressent ma chambrière :
L’un veut guider le corbillard,
Et l’autre d’un ton nasillard
Me psalmodie une prière.
Le plus grave ordonne à l’instant
Vingt galoubets pour mon escorte :
Mais déjà la voiture attend.
Plaignez-moi, voilà qu’on m’emporte.
 
Causant, riant, faisant des leurs,
Les Amours suivent sur deux lignes :
Le drap, où l’argent brille en pleurs,
Porte un verre, un luth et des fleurs,
De mes ordres joyeux insignes.
Maint passant, qui met chapeau bas,
Se dit : Triste ou gai, tout succombe !
Les Amours font hâter le pas.
Plaignez-moi, j’arrive à ma tombe.
 
Mon cortège, au lieu de prier,
Chante là mes vers les plus lestes.
Grâce au ciseau du marbrier,
Une couronne de laurier
Va d’orgueil enivrer mes restes.
Tout redit ma gloire en ce lieu,
Qui bientôt sera solitaire.
Amis, j’allais me croire un dieu :
Plaignez-moi, voilà qu’on m’enterre.
 
Mais d’aventure, en ce moment,
Par là passait mon infidèle.
Lise m’arrache au monument ;
Puis encor, je ne sais comment,
Je me sens renaître auprès d’elle.
De la vie et de ses douceurs
Vous, qu’à médire l’âge excite,
Vous du monde éternels censeurs,
Plaignez-moi ; car je ressuscite.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Lесоntе dе Lislе : Lа Dеrnièrе Visiоn

Βеrnаrd : «Τоi qui trоublеs lа pаiх dеs nоnсhаlаntеs еаuх...»

☆ ☆ ☆ ☆

Rоnsаrd : «Yеuх, qui vеrsеz еn l’âmе, аinsi quе dеuх Ρlаnètеs...»

Νоuvеаu : Сhаnsоn dе mеndiаnt

Νоuvеаu : «Hiеr, pаr unе аprès-midi...»

Lаfоrguе : Αvаnt-dеrniеr mоt

Cоmmеntaires récеnts

De Jасquеs Rоubаud sur «Οn m’а mis аu соllègе (оh ! lеs pаrеnts, с’еst lâсhе !)...» (Νоuvеаu)

De Сеltоmаniаquе sur «Lе miсrоbе : Βоtulinus...» (Τоulеt)

De Stеphеn Βiеnаrmé sur Lе Τоmbеаu dе Сhаrlеs Βаudеlаirе (Μаllаrmé)

De Jаdis sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ρаul-Jеаn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn)

De X. sur Splееn : «Τоut m’еnnuiе аuјоurd’hui. J’éсаrtе mоn ridеаu...» (Lаfоrguе)

De Сhаrlеs С. sur Sоnnеt : «Jе sаis fаirе dеs vеrs pеrpétuеls. Lеs hоmmеs...» (Сrоs)

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De GΑRΟUX Сhristiаnе sur Virgilе (Βrizеuх)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

De Rigаult sur Αgénоr Αltаrосhе

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz