Pierre-Jean de Béranger


Le Cinq Mai


 

1821


 
 

AIR : Muse des bois et des accords champêtres


 
 
Des Espagnols m’ont pris sur leur navire,
Aux bords lointains où tristement j’errais.
Humble débris d’un héroïque empire,
J’avais dans l’Inde exilé mes regrets.
Mais loin du Cap, après cinq ans d’absence,
Sous le soleil, je vogue plus joyeux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.
 
Dieux ! le pilote a crié : Sainte-Hélène !
Et voilà donc où languit le héros !
Bons Espagnols, là s’éteint votre haine !
Nous maudissons ses fers et ses bourreaux.
Je ne puis rien, rien pour sa délivrance :
Le temps n’est plus des trépas glorieux !
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.
 
Peut-être il dort ce boulet invincible
Qui fracassa vingt trônes à la fois.
Ne peut-il pas, se relevant terrible,
Aller mourir sur la tête des rois ?
Ah ! ce rocher repousse l’espérance :
L’aigle n’est plus dans le secret des dieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.
 
Il fatiguait la victoire à le suivre :
Elle était lasse ; il ne l’attendit pas.
Trahi deux fois, ce grand homme a su vivre.
Mais quels serpents enveloppent ses pas !
De tout laurier un poison est l’essence ;
La mort couronne un front victorieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.
 
Dès qu’on signale une nef vagabonde,
« Serait-ce lui ? disent les potentats :
Vient-il encor redemander le monde ?
Armons soudain deux millions de soldats. »
Et lui, peut-être accablé de souffrance,
À la patrie adresse ses adieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.
 
Grand de génie et grand de caractère,
Pourquoi du sceptre arma-t-il son orgueil ?
Bien au-dessus des trônes de la terre
Il apparaît brillant sur cet écueil.
Sa gloire est là comme le phare immense
D’un nouveau monde et d’un monde trop vieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.
 
Bons Espagnols, que voit-on au rivage ?
Un drapeau noir ! ah, grands dieux, je frémis !
Quoi ! lui mourir ! ô gloire ! quel veuvage !
Autour de moi pleurent ses ennemis.
Loin de ce roc nous fuyons en silence ;
L’astre du jour abandonne les cieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Régniеr : Οdеlеttе : «J’аi gаrdé се mirоir оù vоus vоus êtеs vuе...»

Hugо : Lа Сhаnsоn dе Jеаn Ρrоuvаirе

Τаilhаdе : Ruе dе lа Сlеf

Hеrvillу : Βuсоliquе Νоirе

Hugо : Viеillе сhаnsоn du јеunе tеmps

Rimbаud : Lе Dоrmеur du vаl

Rimbаud : «L’Étоilе а plеuré rоsе...»

Vеrlаinе : Μоn rêvе fаmiliеr

Αutrаn : Εllе еt lui

Hugо : Lа Légеndе dе lа Νоnnе

Τоulеt : «Νоn, се tахi, quеllе сhаrrеttе....»

Régniеr : Εn fоrêt

☆ ☆ ☆ ☆

Lа Сеppèdе : «Αprès qu’il еut аuх siеns rеdit сеttе lеçоn...»

Сrоs : Jоurs d’éprеuvе

Rоnsаrd : «Μаriе, bаisеz-mоi ; nоn, nе mе bаisеz pаs...»

Νоuvеаu : Lе Livrе

Régniеr : Lеs Livrеs

Βruаnt : Сhаnsоn dеs miсhеtоns

Vеrlаinе : Μоn rêvе fаmiliеr

Αltаrосhе : Ρétitiоn d’un vоlеur à un rоi sоn vоisin

Ρеrgаud : Rеnаissаnсе

Μауnаrd : «Quаnd dоis-је quittеr lеs rосhеrs...»

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur «Dеs pеurеuх оisеlеts lа trоupе gаzоuillаrdе...» (Lа Сеppèdе)

De Сосhоnfuсius sur «Αprès qu’il еut аuх siеns rеdit сеttе lеçоn...» (Lа Сеppèdе)

De Сосhоnfuсius sur Ρауsаgе gris (Rоllinаt)

De Jаdis sur Αuх mоdеrnеs (Lесоntе dе Lislе)

De Jаdis sur «Lе dimаnсhе еst lе јоur оù l’оn еntеnd lеs сlосhеs !...» (Rоdеnbасh)

De Сосhоnfuсius sur «Οui, mаis аinsi qu’оn vоit еn lа guеrrе сivilе...» (Αubigné)

De Μасrоn démissiоn sur Sоnnеt : «Μаîtrеssе, d’аprès tоi је vеuх fаirе un pаstеl...» (Соrаn)

De Сurаrе- sur Ρоur lе јеudi 9 јаnviеr 1913 (Ρéguу)

De Сhristiаn sur Οisеаuх dе pаssаgе (Riсhеpin)

De Ιо Kаnааn sur Ρèlеrinаgе (Vеrhаеrеn)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De Μоdérаtеur sur Éléphаnt dе Ρаris. (Τоulеt)

De Сhristiаn sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Сhristiаn sur Сlаir dе lunе (Αpоllinаirе)

De Jоhаnn sur L’Éсhо dе lа саvеrnе (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Égо Viсtоr sur «Lаissе dе Ρhаrаоn lа tеrrе Égуptiеnnе...» (Rоnsаrd)

De Сurаrе- sur «Νоus nе fаisоns lа соur аuх fillеs dе Μémоirе...» (Du Βеllау)

De Μаriаnnе sur «Jе sоngе à се villаgе аssis аu bоrd dеs bоis...» (Μоréаs)

De Ιо Kаnааn sur Ρériоdе élесtоrаlе (Соppéе)

De Ιо Kаnааn sur Αrums dе Ρаlеstinе (Viviеn)

De Сurаrе- sur «Ô fоrmе quе lеs mаins...» (Viviеn)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz